Kaila Issoufi, en or en -78kg. Première victoire en Grand Chelem.
Crédit photo : Tamara Kulumbegashvili/IJF

On vous en parle depuis plusieurs mois. Montée de catégorie après avoir fini vice-championne de France 2024 en -70kg (elle ne disputera pas la finale contre Florine Soula), Kaila Issoufi (Sainte-Geneviève Sports Judo) avait immédiatement transformé l’essai, cumulant les podiums sur les Open continentaux et les Grands Chelems où elle domina des combattantes de premier rang, comme l’Israélienne Inbar Lanir – vice championne olympique 2024 – ou Yelyzaveta Lytvynenko, l’ex-Ukrainienne devenue émiratie qui vient tout juste de finir en argent à Paris. Battue au premier tour à l’Accor Arena après avoir fini en bronze aux championnats de France mi-décembre, Kaila Issoufi allait-elle confirmer sa hype à Tachkent ? L’hypothèque allait-elle être définitivement levée ? Ce soir, les doutes ne semblent plus de mise.
En effet, cette droitière au sumi-gaeshi connue de toutes mais sur lequel beaucoup tombent tout de même, gagne son premier Grand Chelem en carrière. Plus encore, elle le fait en battant nettement la vice-championne du monde 2025, l’Allemande Anna-Monta Olek, en finale : yuko-waza-ari et ippon ! Deux corps-à-corps, et un juji-gatame. Auparavant, elle domine la Japonaise Mami Umeki puis fait vivre un enfer à la Russe Aleksandra Babintseva, marquant quatre fois dans le combat : trois yuko et un ippon.
Une journée parfaite et un succès qui positionne Issoufi comme une candidate crédible à une place de titulaire aux championnats d’Europe.

En +78kg, Léa Fontaine (Sainte-Geneviève Sports Judo) n’était pas loin d’offrir un doublé génovéfain à l’Équipe de France. Seulement voilà, Akira Sone, la Japonaise championne olympique à Tokyo, championne du monde en 2023 mais qui avait totalement manqué la fin de l’olympiade précédente, réalise une journée qui laisse à penser que tout cette mauvaise période est derrière elle et qu’un nouveau cycle commenc. Et sur d’excellentes bases. D’abord, parce qu’elle bat les deux têtes de série de son quart de tableau : la Chinoise Xinran Niu, n°10 mondiale sur un superbe enchaînement o-uchi-gari/eri-seoi-nage; puis l’Italien Asya Tavano, n°12 mondiale aux pénalités. Ensuite, parce qu’en finale, elle domine Léa Fontaine, tête de série n°3 – et n°8 au classement mondial – grâce à son o-uchi-gari, totalement retrouvé qui aura beaucoup fait tomber aujourd’hui. Sone, malgré deux pénalités contre elle, ne s’affola jamais : une belle posture totalement retrouvée ou presque, du rythme, des attaques fortes et variées entre celles vers l’avant (ippon seoi-nage tai-otoshi) et celle vers l’arrière (son fameux o-uchi-gari). L’impression laissée est à nouveau séduisante. À voir sur les prochaines échéances.
Oubliée à la cinquante et unième à la ranking-list mondiale ce matin, la championne olympique 2021 va gagner une trentaine de places au classement.
Fontaine, en bronze à Paris il y a trois semaines, avait, elle, dominé l’autre Japonaise de la catégorie Ruri Fujii (ex-Takahashi), en demi-finale, aux pénalités. Deux médailles consécutives en Grand Chelem pour la Réunionnaise, qui, elle aussi, pose une option sérieuse pour les championnats d’Europe géorgiens en avril.
La dernière engagée tricolore – Aurélien Diesse, initialement inscrit en -100kg s’est blessé au ménisque lors du stage du Grand Chelem de Paris et a dû être opéré. Il ne sera pas de retour avant trois à quatre mois – Liz N’Gelebeya (ACBB Judo), médaillée de bronze à Paris en -78kg, perd d’entrée contre la Russe Babintseva sur une prise de l’ours.

La France, qui engrange deux médailles ce dimanche, termine à la quatrième place avec cinq podiums : un titre pour Kaila Issoufi, deux médailles d’argent pour Melkia Auchecorne et Léa Fontaine et deux de bronze pour Manon Deketer et Clémence Émé.

Pour ce dernier jour de compétition à Tachkent, c’est l’Azerbaïdjan qui fait la bonne opération avec deux titres pour Murad Fatiyev en -90kg et Kanan Nasibov en +100kg. Le premier bat le double champion olympique géorgien Lashe Bekauri sur un tai-otoshi sur la première jambe compté waza-ari. Le second, 22 ans, vainqueur du Grand Prix de Croatie en début de saison, bat l’enfant du pays Alisher Yusupov, médaillé olympique à Paris, au golden score. Un passage au sol où l’Azerbaidjanais tente d’abord un ude-garami avant finalement d’opter pour un dégagement de jambe suivi en immobilisation. En -100kg, surprise avec le succès du judoka du Bahreïn, Said Sadrudinov, qui bat le champion olympique Zelym Kostoiev en demi-finale et empêche sans doute un triplé azerbaidjanais masculin sur la journée.
Un ultime coup de collier qui ne suffit pas à ce pays pour chiper la première place au Japon. Quatre titres pour les deux pays mais deux médailles d’argent de plus pour les Nippons.