
Crédit photo : Gabriela Sabau/IJF
C’était l’événement du jour côté français, à savoir le retour sur le circuit international de Joan-Benjamin Gaba et de son dossard rouge désormais cousu à ses judogi jusqu’en octobre. Le champion du monde tricolore des -73kg qui ne reprenait pas la compétition ici à Abou Dhabi, puisqu’il était de la journée victorieuse il y a une semaine avec son club du PSG lors de la Champions League. Un enchaînement préjudiciable ce samedi ?
Difficile à dire. Ce qui fut certain, en revanche, c’est que le niveau de la catégorie aujourd’hui était vertigineuse : trois médaillés olympiques de Paris avec, outre Gaba, le champion olympique azerbaidjanais Hidayat Heydarov et le médaillé de bronze moldave Adil Osmanov, le vice-champion du monde 2025, l’élégant brésilien Daniel Cargnin, le médaillé de bronze mondial 2025, l’Émirati et ex-Russe Makhmadbek Makhmadbekov et le double médaillé mondial suisse (1er en 2023, 3e en 2024), Nils Stump ! Un tableau effrayant mais finalement en totale adéquation avec le niveau de ce que – était à ses débuts et devrait être ? – un Grand Chelem.
Une catégorie des -73kg qui proposait presque d’emblée un duel Heydarov/Osmanov remporté par le premier, sur le gong, grâce à une immobilisation en kuzure kami shiho-gatame. Le décor était planté. Enfin presque… puisque le champion d’Europe, du monde et olympique 2025 s’inclinait face au Tadjik Muhiddin Asadulloev, champion du monde juniors à Lima début octobre. Une défaite incontestable face à un nouveau venu dans une équipe masculine tadjik qui se densifie à vue d’œil. Un o-uchi-gari genou au sol puis un ko-uchi makikomi et voilà Heydarov à nouveau éliminé avant le bloc final.
La suite ? Des quarts de finale de niveau mondial entre Cargnin et Makhmadbekov. Le Brésilien qui surprend l’Émirati par un yoko-guruma six secondes après le début du golden score. Dans l’autre demi-tableau, Gaba, après une victoire aux pénalités contre le Russe Shamil Zilfikarov, 115e mondial et troisième au Grand Prix de Chine fin septembre, un succès contre l’Anglais Ethan Nairne grâce à son kata-guruma, butait sur Stump, qui plaçait un hiza-guruma qui mettait le judoka du PSG Judo sur la tranche. Un yuko que Gaba n’arrivait pas à remonter. Un o-soto-gari à gauche en deux temps mais sans rupture du Tricolore contre l’Italien Fabrizio Esposito et le voilà qui retrouvait Cargnin, pour un nouveau duel après celui pour l’or mondial en juin à Budapest. Le Brésilien qui plaçait un fort ippon-seoi-nage à gauche qui déroulait Gaba après une minute. Annoncé ippon, il était ramené à waza-ari mais scellait tout de même cette rencontre.
Une semaine à peine après la Champions League, Gaba a donc remis le couvert dans une catégorie dont la densité n’était pas forcément prévue lorsque la participation du champion du monde a été décidée. Il se sait logiquement attendu. Ce qui fut très clair aujourd’hui à bien regarder les réactions de Stump et, surtout, de Cargnin après leur victoire. À voir donc maintenant à Paris puis sur les championnats internationaux, les compétitions sur lesquelles Gaba a prouvé qu’il savait se sublimer.
L’autre -73kg français du jour, Dayyan Boulemtafes (PSG Judo) remporte son premier tour contre un combattant mongol après un arbitre rocambolesque.Il est battu derrière par Makhmadbekov, finalement troisième, sur un joli uchi-mata à droite.
En -81kg, pas de Luca Otmane (OJ Nice), absent selon nos sources pour des problèmes administratifs. L’autre -81kg, Mattéo Giordano (RSC Montreuil Judo) s’incline au golden score dès son entrée en lice face à un judoka mongol sur un ko-soto-gari, encore sur un de ses fameux yuko qui n’en sont pas.
Un samedi où Nils Stump fait le mille, seul capable d’arrêter le Tadjik Asadulloev pourtant parti comme une fusée avec son fameux ko-uchi makikomi à droite. Mais le Suisse, fin technicien et pas en reste côté puissance, avec un sumi-otoshi plein d’audace en allant contrer la garde croisée de son adversaire avant de surprendre le Tadjik sur un obi-tori-gaeshi à gauche. Magnifique journée de l’Helvète !
En -81kg, le métronome canadien François Gauthier-Drapeau, tête de série n°1, fait respecter la logique et relance sa dynamique de l’année puisqu’il va chercher son second Grand Chelem après Paris début février. En finale, il domine nettement le Russe Abdul-Kerim Tasuev, septième l’année dernière, 23 ans et 124e mondial, sorti seulement deux fois depuis l’édition 2024 : une coupe d’Europe fin mai et le Grand Chelem d’Oulan-Bator fin juillet. Un sode-tsuri-komi-goshi et un o-soto-gari à droite et voilà le Canadien qui avec les mille points pris aujourd’hui sera deuxième à la ranking-list lundi.
Chez les féminines, une belle catégorie des -63kg avec un explosif quart de finale entre combattantes du continent américain : la Canadienne Jessica Klimkait, montée de catégorie avec succès depuis le début de l’olympiade et l’inoxydable Brésilienne Rafaela Silva. C’est la judoka auriverde qui s’impose aux pénalités, mais perd en demi-finale sur la Japonaise Megu Danno, 24 ans, en argent au Grand Chelem de Tokyo 2024, battue par l’invincible Haruka Kaju, et cinquième à Paris début février. La Nipponne place un sode-tsuri-komi-goshi pour ippon. En place de troisième, Silva retrouvait la Kosovare Laura Fazliu, médaillée olympique de bronze à Paris et médaillée mondiale, toujours en bronze, en 2025. Un ko-soto-gari à gauche où Fazliu tombait à 50° degrés et le yuko était annoncé.
Dans l’autre combat pour le bronze, Klimkait qui restait sur une victoire au Grand Prix du Pérou et de l’argent au Grand Prix du Mexique, se fait battre aux pénalités sur une rupture de garde. Une seconde défaite aux pénalités dans cette journée pour la Canadienne, qui ne tombe pratiquement jamais mais dont les fausses attaques – quasiment jamais pénalisées lors de l’olympiade précédente – et l’obsession de ne pas être dominée au kumikata lui auront porté préjudice ce samedi.
En finale, Megu Danno bat la Mongole Enkhriilen Lakhagvatogoo sur le mouvement au sol initié par Mark Huizinga.
Enfin en -70kg, Szofi Ozbas, battue en finale de la Champions League par Marie-Ève Gahié, est très vite passée à autre chose puisqu’elle gagne contre l’Australienne Aoife Coughlan sur un sode-tsuri-komi-goshi. Un nouvelle dynamique qui s’enclenche pour la Hongroise, montée de catégorie après les JO et qui avait impressionné en devenant championne d’Europe en avril. Mais depuis, les défaites s’accumulaient.
Une manière idéale de se relancer pour cette nouvelle saison. Abou Dhabi a, entre autres, cet intérêt.


