Pas de réussite pour les jeunes Françaises aujourd’hui. En -63kg, Julie Falgon (AM Saint-Gratien), 23 ans et vice-championne d’Europe des -23 ans en octobre, faisait l’erreur de s’entêter sur ses tentatives de kata-guruma sur la montée du lourd bras gauche de la Croate Nina Cjvetko… car l’arbitre persistait aussi à la pénaliser sur ce geste, sévèrement, surtout si on considère les tendances de l’arbitrage des derniers tournois.
En -70kg, Teophila Darbes-Takam (RSC Champigny), tout juste sortie de sa carrière junior avec une médaille mondiale en 2025, surpassait une première adversaire, la Brésilienne Kaillany Cardoso, mais cédait sur une séquence au sol devant Dena Pohl, une Allemande de 26 ans sur une excellente dynamique, puisqu’elle accumule quatre podiums sur ses quatre dernières sorties.
La reine brésilienne Rafaela Silva étonnait une fois de plus avec une nouvelle médaille d’or dans cette catégorie des -63kg, après Paris. La championne olympique des -57kg en 2016, suit une progression linéaire vers les sommets, à 33 ans. Pour combien de temps encore ? Peut-être pas jusqu’à Los Angeles, ce qu’elle vise sans aucun doute, mais une chose est sûre : sa hanche gauche va encore en faire souffrir plus d’une.
En -70kg, c’est la combattante du pays, Michaela Polleres, 28 ans, troisième des Jeux, qui signait son vrai retour post-olympique. Elle domine les 20 ans de la brillante combattante suisse April Lynn Fohouo, championne du monde junior en octobre dernier, finaliste à Paris pour sa première sortie seniors et finaliste encore sur ce tournoi autrichien, dans un combat plaisant et technique, un joli ballet entre les sasae de la Suissesse et les reprises d’initiative de l’Autrichienne sur son mouvement de hanche précis. L’Autrichienne garde la main, mais April Lynn Fohouo arrive à toute vitesse.

Dix ans d’éclipse

Ils étaient deux Français engagés chez les garçons, deux -73kg, les beaux finalistes du championnat de France seniors, 20 ans tous les deux, Nathan Cadignan (Sainte-Geneviève Sports) et Dayyan Boulemtafes (PSG Judo), et ils faisaient l’un et l’autre un très beau début de journée. Le champion de France Cadignan passait les deux premiers tours, avec deux forts corps-à-corps contre le Kazakhstanais Shayakhmetov et l’Autrichien Gassner, mais il devait s’arrêter là, littéralement barré par l’Espagnol Anton Shuhalieiev sur un étonnant waki-otoshi tout à fait classique. De son côté, le brillant Boulemtafes, prometteur cinquième à Paris, passait lui aussi les deux premiers obstacles avec un de-ashi-barai parfait sur l’Allemand Jano Ruebo et le même en plus spectaculaire encore sur l’Ukrainien Said-Magomed Khalidov. Mais l’illustre Italien Fabio Basile, de retour dans cette catégorie depuis décembre dernier, le surprenait au tour suivant avec un changement de registre inattendu, un kata-guruma nouveau genre, à deux mains sur le revers. C’est le métier qui rentre pour les deux jeunes outsiders français dans la catégorie de Joan-Benjamin Gaba. Le vainqueur ? Ce n’était pas l’Italien, vaincu pour le bronze par l’Américain Yonezuka, finaliste des championnats du monde juniors 2023 et désormais 12e mondial à 22 ans, mais un Anglais. Non pas le jeune Irakli Goginashvili, 19 ans et médaillé de bronze des championnats du monde juniors, pas non plus l’étonnant Benjamin Levy, 21 ans et 36e mondial après sa superbe troisième place à Paris cette année, mais un troisième larron, Ethan Nairne, qui bat l’Italien et tous les autres, pour signer une première victoire en seniors à 23 ans, dans un style intéressant et prometteur. Son uchi-mata tout en vivacité sur l’ancien médaillé olympique et 3e mondial, le Brésilien Daniel Cargnin, avait valeur de coup de poing sur la table. Comme souvent, la rivalité élève la valeur générale. C’est manifestement le cas chez les -73kg britanniques. Un vrai exploit pour Etan Nairne, qui ouvre des horizons nouveaux aux masculins anglais, qui n’avait plus gagner un grand tournoi depuis… Max Stewart (-90kg) au grand Prix de Chine 2016. Dix ans tout de même.