Quatrième invité de notre nouvelle chronique, Pascal Renault, président du Sainte-Geneviève Sports Judo et figure incontournable du judo tricolore. Alors que son équipe entre en lice cette semaine pour la reprise de la Judo Pro League, ce passionné, à la tête du club Rouge et Blanc depuis trente-trois ans, nous raconte son amour inconditionnel des compétitions par équipes, véritable ADN du club génovéfain. Il nous parle également de ses deux sélectionnées pour les championnats du monde de Bakou, Léa Fontaine et Kaila Issoufi.

Ce mardi, vous inaugurez la cinquième édition de la Judo Pro League avec un derby essonnien contre FLAM 91. Comment vous sentez-vous ?
Vous le savez, j’aime, nous aimons les compétitions par équipes au club. Mais je ne peux m’empêcher de tiquer sur le règlement et le fait de pouvoir aligner quatre étrangers dans une équipe de dix combattants. Et ce, sans compter les renforts français, via la licence équipes ! Je trouve que c’est une prime donnée aux étrangers. À côté de cela, il y a également la question du calendrier. La période est loin d’être idéale, avec les championnats du monde qui arrivent bientôt, auxquels vont participer deux de nos leaders, Kaila Issoufi et Léa Fontaine. Elles vont être logiquement mises au repos demain, ce qui nous prive de deux points forts. Avec une deuxième rencontre contre Saint-Gratien à domicile, demi-finaliste l’année dernière, et deux rencontres compliquées à l’extérieur face au JC Pontault-Combault et au Stade Bordelais, demain soir fait figure de rencontre à gagner absolument ! Mais vous savez, notre club a un côté imprévisible en équipes (sourire).

D’où vient cette passion pour les compétitions par équipes ? 
J’ai souvent réfléchi à cette question. J’ai toujours pensé que combattre en équipes donne plus de chances à des combattants de faire trois ou quatre combats dans une journée, là où ils peuvent faire un unique combat en individuel. Les compétitions permettent donc de progresser individuellement et d’apprendre à se sublimer, pour le collectif. À cet égard, mon plus beau souvenir reste la Coupe d’Europe des clubs à Tcheboksary (Russie), le 6 novembre 2010. Une date charnière ! En demi-finale, nous rencontrons le mythique club allemand du TSV Abensberg Judo. Une « dream team », taillée pour la gagne avec Ole Bischof, Ilias Iliadis ou Georgii Zantaraia ! À l’époque les rencontres étaient organisées en phase aller-retour. Nous gagnons contre cette armada avec, dans l’équipe : David Larose, Mohamed Riad, Laurent Salomon, Ludovic Gobert et Maël Le Normand. La première rencontre est pour eux, trente points à vingt. La seconde est pour nous, cinquante-quatre points à quarante, avec la victoire décisive de Maël Le Normand contre Lasha Gujejiani ! En finale, nous perdons contre l’équipe russe de Yawara-Neva, composée uniquement d’internationaux, dont deux futurs champions olympiques, Mansur Isaev et Tagir Khaibulaev. Le soir de la compétition, Sheldon Franco-Rooks, qui commente le judo pour la FIJ depuis plusieurs années, nous dit : « je suis tombé amoureux de votre club ». Cette performance constitue, je le pense profondément, le point de départ de cette passion pour les compétitions par équipes.

Qu’en est-il du palmarès du club à ce niveau ? 
Nous avons été champions de France chez les masculins et les féminines en cadets et en juniors. Chez les seniors, les garçons ont déjà été sacrés… mais pas les filles ! En effet, nous avons fini six fois en argent ! Autant vous dire que j’ai les boules (sic). Au niveau international, nous en sommes à huit médailles en Coupe d’Europe des clubs. Nous venons d’ailleurs d’apprendre que nous sommes invités à participer à la Ligue des Champions le 24 octobre prochain à Paris. Nous viserons le podium, car avec le format à six combattants (contre dix en Judo Pro League), les présences de Léa et Kaila, qui auront disputé les championnats du monde, et le surplus d’âme qui imprègne nos combattants dans ce genre d’occasions, et bien tout peut arriver !

Deux représentantes génovéfaines aux championnats du monde, on vous imagine satisfait ?
Évidemment. Mais ma satisfaction dépasse largement le cadre de ces sélections. Ce qui me plaît, me touche même, tient au lien créé avec ces deux filles. Kaila est au club depuis septembre 2017, Léa depuis septembre 2018. Cela fait donc neuf et huit ans qu’elles sont avec nous. Une relation de confiance très forte s’est peu à peu tissée, avec l’idée de toujours respecter leurs choix, comme quand Kaila décide de monter en -78kg à la fin 2024 alors qu’elle vient de finir vice championne de France en -70kg. Respecter également leur personnalité. De Léa, j’admire son sérieux, sa capacité de travail — il faut qu’elle fasse quelque chose tous les jours — et à être posée. Kaila, elle, a toujours cru en elle. Elle a des étoiles dans les yeux et ne laisse pas les gens insensibles. Des filles fidèles, comme l’ont été, avant elles, des gens comme David Larose, Cloé Yvin, Julien La Rocca et tant d’autres qui sont, malgré les sollicitations, toujours restés au club. Un attachement fort que traduit notre slogan : « Rouge et Blanc, ce sont les couleurs qu’on a dans le cœur. »