Photo : Sergei judo Camp
Devenu député au Grand Conseil Vaudois, directeur général de l’association de la Porte des Alpes, conférencier, l’élégant médaillé olympique de Pékin, double médaillé mondial et double champion d’Europe des -81kg est aussi le président de la fédération suisse de judo depuis 2020. Il a toujours en lui l’amour du tapis, transmis par son professeur, Kazuhiro Mikami.
Sergei, vous organisez une nouvelle édition de vos stages « Sergei Judo Camp » à Lausanne en avril pour les jeunes, puis pour les compétiteurs à partir de quatorze ans en juillet, dont L’Esprit du Judo est partenaire. Dans quel état d’esprit ?
L’idée est née d’une double histoire. D’un côté, celle du Sergei Judo Camp, que j’ai repris en 2009 après ma carrière, dans la continuité du travail de Maître Mikami, mon professeur. À l’époque, ce stage réunissait une centaine de jeunes. J’ai toujours gardé le souvenir des stages internationaux en Suisse, avec des Géorgiens, des Russes, des Japonais… On rêvait devant ces kimonos et ce niveau d’exigence. En 2013-2014, nous avons relancé un camp d’été orienté performance. L’objectif était clair : permettre aux athlètes suisses de se confronter à des judokas étrangers de haut niveau et créer un environnement stimulant. L’an dernier, nous étions plus de 400 à Pâques et près de 500 pour la session d’été. Nous sommes donc dans la continuité.
Photo : Sergei judo Camp
Avec une nouveauté : une compétition par équipes mixtes…
Oui, l’été prochain, nous ajoutons une compétition internationale par équipes mixtes cadets et juniors, qui se déroulera à Visp, près de Lausanne, avant le stage à Fiesch. Chaque équipe sera composée de six athlètes, trois filles et trois garçons, mêlant U18 et U21. Le tournoi est limité à 96 équipes. L’idée ? Il ne s’agit pas d’ajouter une compétition de plus au calendrier, mais de créer une expérience complète : compétition, stage, échanges culturels, visite du Musée olympique, vie commune… Le genre de choses qui fait grandir et laisse de beaux souvenirs.
La compétition sera également dotée d’un prize money un peu particulier dans son utilisation, non ?
Oui, et c’est sans doute l’aspect le plus novateur. Nous mettons en place un fonds de 150 000 dollars, le « Champions for Life Support Fund ». Mais il n’y aura aucun versement direct en cash. En fait, nous nous sommes posé une question simple : quand on donne de l’argent, sait-on vraiment où il va ? Est-ce qu’il profite aux athlètes ? À la fédération ? Et surtout, est-ce qu’il sert vraiment le développement du judo ? Nous avons donc choisi un système de crédits. Les montants remportés par les équipes – jusqu’à 60 000 dollars pour la première place – sont versés dans un fonds utilisable pendant dix-huit mois. Ces crédits pourront financer des stages, des compétitions, des déplacements reconnus par l’IJF ou les unions continentales. Ainsi, l’argent reste dans le judo et soutient concrètement la formation. L’aspect éducatif sera aussi récompensé, avec un quiz sur les connaissances du judo doté de 5 000 dollars en équipements. Pour moi, c’est cohérent : la performance doit nourrir le développement, pas seulement flatter l’instant.
Retour sur l’édition 2025
C’est votre éducation judo…
Il y a de ça, oui. J’ai fait de la compétition de haut niveau, mais surtout, avec le recul, je mesure combien j’ai été formé sur le long terme par maître Mikami. Ce que je retiens, c’est qu’on ne brûlait pas les étapes. On soignait les blessures. On construisait sur des fondamentaux techniques solides. Aujourd’hui encore, je peux monter sur le tatami sans prothèse, sans douleur majeure. Ce n’est pas un hasard. C’est le fruit d’une éducation patiente. C’est sans doute le plus précieux de ce qui m’a été transmis. Je suis convaincu que l’on peut viser l’excellence sportive tout en formant des êtres humains solides. La carrière de haut niveau est courte. La vie, elle, est longue. Si le judo ne transmet pas des valeurs, une santé durable, un plaisir intact, alors il manque quelque chose.

Un mot pour conclure ?
Nous espérons la participation de cinquante à soixante équipes pour cette première édition. Des clubs français, allemands, italiens, néerlandais, belges ont déjà manifesté leur intérêt, ainsi que des contacts en Géorgie et au Kazakhstan. Nous voulons un plateau international, mais surtout engagé dans le projet. Nous allons aussi mélanger de nouveau les nationalités dans les chambres, et favoriser l’échange culturel. Au début, les jeunes sont parfois réticents. Deux jours plus tard, ils sont inséparables ! C’est cela, l’esprit du judo. Je souhaite vraiment que les jeunes repartent en se disant : « J’ai vécu quelque chose d’unique ». Une compétition forte, oui. Mais aussi des rencontres, des souvenirs, une vision du judo qui dépasse le podium. Si, dans dix ans, certains de ces cadets et juniors deviennent champions olympiques et se souviennent qu’ils sont passés par ici, alors nous aurons réussi. Et ceux qui ne seront pas champions garderont ces souvenirs à vie.
Retrouvez toutes les informations sur les stages et la compétition sur https://www.sjcamp.ch/




