La sélection n’aura pas tardé. Quelques jours seulement après les championnats de France juniors, le staff a annoncé hier le nom des judokas qui participeront à la coupe d’Europe d’Italie les 12 et 13 avril prochains, première des trois compétitions sélectives pour les championnats d’Europe et du monde. Vingt-huit judokas à parité se rendront donc à Lignano, où les Autrichiens, Allemands, Croates, Hongrois, Espagnols et évidemment Italiens (159 participants à eux seuls) seront en force. Pour l’instant, pas de masculins azerbaïdjanais ni géorgiens.

Chez les féminines aucune +78kg n’est envoyée en Italie. Un choix qui apparaît comme logique tant les certitudes dans cette catégorie sont fortes. Rappelons que Celia Cancan (Judo 83 Toulon) est championne d’Europe et vice-championne du monde 2024 et qu’elle vient de faire, il y a un mois, la finale du Grand Prix d’Autriche contre Grace-Esther Mienandi Lahou (US Villepinte Judo), victorieuse de l’Open de Pologne fin février. Ajoutons que Léonie Minkada-Caquineau (SGS Judo), vice-championne de France dimanche, ne s’est pas présentée en finale, car blessée au genou.
Une sélection où tous les champions de France sont logiquement sélectionnés et où certains vice-champions de France ne seront, eux, pas du voyage, comme Clara Alonzo-Bonaventure en -57kg, Emmy Galludec (SGS Sports Judo) en -63kg ou Pierre Eberhardt (Alliance Grésivaudan Judo) en -60kg, Désir Zoba-Casi (FLAM 91) en -81 kg — rien de plus logique pour lui qui est normalement en -73kg et dont il faut du coup saluer la performance le week-end dernier —, Keziah Harvent (Arts martiaux Saint-Gratien) en -90kg et Mathéo Akiana-Mongo (FLAM 91) en +100kg. Les cas Oihan Sentenac (JC Orthez), vice-champion de France en -73kg, et, dans une moindre mesure Pierre Eberhardt, ni titulaires ni remplaçants, posent sans doute le plus de questions. Interrogée à ce sujet, Stéphanie Possamai, entraîneur adjointe de l’équipe masculine, nous donne ses explications :
« Nous avons sélectionné Cadignan (en plus de BOULEMTAFES, champion de France) suite aux éléments suivants :
— Cadignan (3e aux France) et Sentenac (2e aux France) perdent tous les 2 sur le même combattant.
— Cadignan vainqueur d’une Coupe d’Europe Juniors cette saison… Sentenac 3 sorties, 0 médaille cette saison et N-1
— Tous les 2 sont plusieurs fois médaillés sur des tournois nationaux de référence avant les France. Même sur cet élément si on devait les départager, Cadignan a battu le futur champion de France au tournoi de Saint-Gratien.
En ce qui concerne les remplaçants nous avons fait le choix de sélectionner des J1 ou J2 (hormis Eberhardt en -60, car pas de rivaux J1 ou J2). »

Des arguments solides auxquels on peut toutefois apporter quelques contrepoints :
1) Quid du tournoi d’Aix-en-Provence ? Celui-ci n’est pas mentionné explicitement alors qu’il est le seul Super Excellence de la saison et d’un niveau équivalent à une coupe d’Europe — ne serait-ce que par la présence d’une très forte délégation japonaise —. Un tournoi où Oihan Sentenac fait le meilleur résultat tricolore en décembre dernier puisqu’il y termine en argent, battu par le Japonais du jour, Ryusei Arakawa, dans une finale acharnée. Rendez-vous incontournable de la saison et officialisé comme tel, Aix-en-Provence mérite logiquement une attention accrue à celle des autres tournois nationaux. Sinon pourquoi lui avoir donné une labellisation supérieure ?
2) L’idée de mettre comme remplaçant des J1 ou J2 est bien entendu audible dans une logique de prise d’expérience pour les années futures. On pourrait toutefois rétorquer que le critère le plus logique, courant et cohérent quant à la notion de remplaçant dans le haut niveau sportif reste celui de la performance. Par définition, est remplaçant celui qui est tout juste derrière le ou les titulaires en termes de résultats, capacités, etc. Or, de ce point de vue, Oihan Sentenac rentre bien dans cette case : 2e à Aix-en-Provence et 2e aux championnats de France. Personne ne fait mieux.
3) Enfin, et plus globalement, le manque de hiérarchie récurrent des critères de performance dans les sélections pousse à une certaine confusion. Le résultat lors d’une coupe d’Europe vaut-il plus que n’importe quel résultat national, hormis le titre de champion de France ?
Aix-en-Provence doit-il être jugé comme une compétition qui vaudrait moins qu’une coupe européenne ?
Plus encore, quelles sont les coupes d’Europe de la saison que le staff regardera de près et qui pourront entrer dans les critères d’une sélection éventuelle ?
Si on entrait dans les détails — ce que nous ne ferons pas ici — la multiplication des coupes d’Europe juniors depuis deux-trois ans a produit une dispersion du niveau dans cette catégorie d’âge. À l’heure actuelle, seul Graz en Autriche — avec la présence de Japonais — reste le tournoi référence, comparé aux trois du milieu des années 2010 : Saint-Pétersbourg, Leibnitz et Berlin.
Quelle place, enfin, pour le championnats de France, hormis celle de sélectionner automatiquement celui ou celle qui finira sur la plus haute marche ?
Plusieurs grands pays, comme le Japon ou le Canada ont décidé de critères de sélection clairs et explicites — ceux-ci sont même affichés sur le site internet de chaque fédération —. En faire une liste générale sans hiérarchie donne l’avantage de ne pas se lier les mains. Reste que le revers de la médaille tient dans un risque de manque de cohérence globale où un critère secondaire pour l’un deviendra un critère principal pour l’autre. L’explication d’une hiérarchie aurait donc l’avantage de dissiper nombre d’incompréhensions et de permettre une planification pertinente en fonction des grands rendez-vous fixés par le staff.

Sélection féminine
-48kg : Morgane ANNIS (Alliance Grésivaudan Judo)
-48kg : Clara MERMET (ACBB Judo)
-52kg : Alicia MARQUES (JC Orthézien)
-52kg : Sarah BOTHY (Bourges Judo)
-57kg : Emma MELIS (Montpellier Judo Olympic)
-57kg : Clarisse CARILLON (Sainte-Geneviève Sports Judo)
-57kg : Inaya MOUSSATI (Dojo Club Wasquehal)
-63kg : Doria BOURSAS (Arts martiaux Asnières)
-63kg : Manon AGATI-ALOUACHE (FLAM 91)
-63kg : Jaelynn CHIPAN (SO2J Saint-Ouen)
-70kg : Sandra DARBES-TAKAM (RSC Champigny)
-70kg : Anais NEBOUT-GONSARD (Stade Clermontois Judo)
-78kg : Lila MAZZARINO (PSG Judo)
-78kg : Sweety ESSIEMI OKALE (Le Mans Sarthe Judo)

Réserve
R1 (-48kg, -57kg, -63kg) : Pamédie KATENDI NZUZI (FLAM 91)
RC -52kg : Eïlys BERRIOT (FLAM 91)
RC -70kg : Ilona DEPRI (FLAM 91)
RC -78kg : Emma FEUILLET-NGUIMGO (JC Villiers-le-Bel)

Masculins
-60kg : Kelvin RAY (PSG Judo)
-60kg : Zacharie DIJOL (Sucy Judo)
-60kg : Yahn MOTOLY-BONGAMBE (AJA Paris XX)
-66kg : Alexis RENARD (PSG Judo)
-66kg : Kilian NOËL (Stade Bordelais Judo)
-73kg : Dayyan BOULEMTAFES (PSG Judo)
-73kg : Nathan CADIGNAN (Arts martiaux Asnières)
-81kg : Bastien PONS (Olympic Judo Nice)
-81kg : Jawanys BELLEVAL (SO2J Saint-Ouen)
-90kg : Rayane ASCOFARE (Judo Académie Paris Sud)
-90kg : IURCOVSCHI David (Sainte-Geneviève Sports Judo)
-100kg : Gayya SONNTAG (Olympic Judo Nice)
-100kg : Mamadou BAGAYAOKO (JC Villiers-le-Bel)
+100kg : Kevin NZUZI DIASIVI (AJS 77)

Réserve 
-60kg : Pierre EBERHARDT (Alliance Grésivaudan Judo)
-66kg : Johan GBINGBEHI (AS Chelles Judo)
-73kg : Kassim BROSSEAU (JC Chilly-Mazarin Morangis)
-81kg : Liam LE GALLOU (SO2J Saint-Ouen)
-90kg : Salim OUBENAISSA (JC Noyon)
-100kg et +100kg : Jean-Pascal DA COSTA BY GOLY (AJA Paris XX)