
Il est plutôt rare de le dire, mais de surprise, il n’y eut pas ce dimanche. En effet, Sainte-Geneviève Sports Judo chez les féminines et le PSG Judo chez les masculins font le doublé après leur succès en 2025. Logique ? Oui, disons-le. Chez les féminines, la finale avant l’heure entre l’équipe rouge et blanche et le PSG Judo de Priscilla Gneto avait lieu en quart de finale. Un formidable mano a mano entre combattantes pour une majorité au palmarès déjà fournis, avec ici des médailles obtenues sur des championnats continentaux ou mondiaux chez les cadettes ou les juniors ou là des podiums obtenus sur Open européen, voire des Grands Prix. Et l’on ne parle pas de la recrue star du club parisien, la médaillée mondiale et olympique 224 suédoise, Tara Babulfath !
Un duel SGS/PSG que les premières allaient emporter au quatrième combat, lorsque Léonie Minkada-Caquineau poussait Emma Feuillet Nguimgo sur le dos après un mouvement d’épaule raté de celle-ci, avant de la piquer immédiatement au sol, après les cartons publicitaires, pour offrir le quatrième point au club essonnien.
En demi-finale contre FLAM 91, à quatre combattantes, puis en finale contre SO2J Saint-Ouen, Sainte-Geneviève Sports s’imposait par deux fois trois victoires à deux, sans Clarisse Carillon, championne de France en titre des -57kg et reblessée après sa victoire dantesque contre Alicia Marques lors de la rencontre contre le PSG.
Clarisse Carillon qui se faisait remplacer par Héléa Bailleul, championne de France cadette -52kg, mais montée depuis en -57 kg — elle sera d’ailleurs titulaire aux championnats d’Europe de Gran Canaria fin juin —. Un renfort judicieux puisqu’elle battait Eilys Berriot du FLAM 91, puis Jaines Belleval en finale, permettant à SGS de revenir à deux partout avant qu’Audren Guenneugues ne cloue Jaelynn Chipan sur un uchi-mata pour offrir la troisième point de la victoire, et donc du titre, à Sainte Gen ». Un duel entre les deux dernières finalistes des championnats de France individuels, où la combattante de Saint-Ouen l’avait emporté.
Chez les masculins, le PSG Judo n’aura jamais été mis en gros danger. En demi-finale et en finale, l’équipe coachée par Arnaud Gendre n’aura laissé qu’un point à chaque fois : pour Zachary Colin — champion de France en titre des -66kg — contre l’Olympic Judo Nice en demie, pour Kassim Brosseau — champion de France en titre des -73kg — du JC Chilly-Mazarin Morangis en finale.
Dans cette équipe Noah Boué, étincelant lors des championnats de France seniors par équipes début mai, a, tout comme Kevin Nzuzi Diasivi, joué son rôle de leader. Les deux champions de France ont emporté tous leurs combats, même les plus piégeux, comme lors de la demi-finale où Nzuzi Diasivi devait faire face à Gayya Sonntag, champion de France des -100kg, formé à l’OJ Nice et capitaine de l’équipe azuréenne dirigée par Franck Costi.
En bronze, l’Olympic Judo Nice et le CO Sartrouville chez les masculins, le PSG Judo et le FLAM 91 pour les féminines.
D’un point de vue strictement sportif, et si l’on se fie à la classification proposée lors des championnats de France cadets, les victoires de cette édition vont à deux équipes de type « leaders forts » (deux champions de France ou plus, soit une équipe composée de gros points forts, qui, sauf mésaventure exceptionnelle, gagneront tous leurs combats) plutôt qu’à des équipes de type « homogénéité » comme cela fut le cas sur les cadets. Ceci est de l’ordre des choses dans le judo français, puisqu’en juniors, les meilleurs éléments sont, à quelques exceptions près, licenciés dans des structures d’Île-de-France qui, pour certaines, comptent plusieurs champions de France/et/ou internationaux masculins et/ou féminins de cette catégorie d’âge.
Sur un plan plus individuel, ces championnats, très intéressants à suivre, auront permis plusieurs mises en lumière. Comme écrit plus haut, Noah Boué (PSG Judo), champion de France en titre des -81kg, a prouvé qu’il était dans un état d’esprit des dispositions exceptionnelles. Absent du circuit toute la saison, il remporte brillamment les championnats de France cadets, est invaincu lors des championnats de France seniors par équipes le 1er mai dernier où sa victoire contre l’Émirati et ex-Géorgien, Nugzari Tatalashvili, aura beaucoup marqué.
En remontant plus loin, le -81kg parisien n’avait pas participé aux championnats de France juniors individuels 2025. Présent pour les équipes début juin 2025, il avait fait forte impression en s’imposant avec beaucoup d’autorité, notamment en finale contre Jawanys Belleval. Une saison 2024-2025 où Boué avait seulement participé au Tournoi d’Aix-en-Provence 2024 où il allait en finale avant de déclarer forfait. Un judoka qui fait très souvent les bons choix lors de ses combats avec une palette technique admirable.

Autre judoka parisien à s’être mis en valeur, Raphaël Duboisset de l’AJA Paris XX. Un -66kg qui connut la blessure au milieu de l’année 2024. Il avait fini en argent au tournoi cadet Super Excellence de Dijon en janvier 2024 avant de se blesser aux ligaments croisés du genou. Champion d’Île-de-France juniors au début de l’année, mais non classés aux championnats de France, ce aura distribué des uchi-mata classiques et efficaces à gauche toute la journée. Cinq combats, cinq victoires, et un combattant très agréable qui n’aura pas été pour rien dans le très intéressant parcours de l’équipe d’Alexandre Borderieux, cinquième au final.

Kassim Brosseau, enfin. Champion de France en titre des -73kg, le judoka du JC Chilly-Mazarin Morangis aura dégagé un leadership aussi solide que serein. Judoka cohérent dans ses choix d’attaque, possédant un uchi-mata ravageur, ce combattant s’affirma comme l’une des valeurs sûres de la catégorie masculine ce dimanche.
Autant Brosseau donne signe de tempérance, autant Clarisse Carillon dégage une forme de puissance et de rage concentrée et prête à être mise au service d’un judo à l’impact exceptionnel.
Ouvrant le bal contre Alicia Marques — triple championne de France juniors en -57kg et qui combattait il y a deux jours pour le PSG en -57kg —, Carillon se faisait marquée d’entrée sur une esquive, puis une remise en uchi-mata extrêmement bien faite de Marques. Victime d’une entorse acromio-claviculaire stade 2 lors des championnats de France, cette spécialiste d’ura-nage, ne lâchait rien, même si la douleur se réveillait pour devenir de plus en plus forte. À quatorze secondes de la fin, la Génovéfaine s’arrachait une nouvelle fois pour lancer son o-goshi à gauche que Marques ne pouvait ni contrer, ni esquiver. Ippon ! Compétition terminée pour la -57kg essonnienne — sa présence à l’European Cup de Graz pourrait être compromise — qui, toutefois, avait lancé idéalement son équipe. Du cœur, Clarisse Carillon n’en manque assurément pas !
Des championnats qui ont marqué, enfin, par le nombre sans doute totalement inédit d’étrangers sur cette édition des championnats de France. Il y avait bien sûr la star suédoise de l’équipe féminine du PSG, Tara Babulfath. Il y avait, également, le Britannique Irakli Goginashvili, champion d’Europe et médaillé mondial juniors 2025 en -73kg, et la Roumaine Roxana Visa pour le Montpellier Judo Olympic. L’AJA Paris XX comptait, lui, un Croate et un Néerlandais — Luka Ivankovic et Inno Loeber —, le Stade Bordelais Judo masculin, un Ukrainien et un Espagnol — Nikita Yudanov et Arkaitz Eneriz Garcia —, alors que l’équipe féminine de Chilly-Mazarin avait recruté la Tchèque Marie Kosnarova.
Pouvoir compter un étranger dans son équipe — qu’il soit en licence individuelle ou équipes — n’a sans doute jamais été si simple, puisque celui-ci doit justifier de la licence FFJDA de l’année en cours et de deux timbres de licences d’une fédération reconnue par la FIJ. Une configuration extrêmement facilitante qui permet aux équipes, certes, d’élargir le panel de combattants pouvant les renforcer. Restent toutefois des interrogations : doit-on traiter les championnats de France seniors et jeunes par équipes d’une manière identique ? Les premiers ont des implications financières ou sportives d’une échelle tout autre que les seconds. Est-on sûr que la présence d’étrangers de plus en plus nombreux sur les championnats par équipes juniors participe d’un choix basé sur une nécessité absolue ? Ou, plus frivolement, d’une mode ? Cette présence est-elle un gage incontestable dans le souhait d’un niveau plus dense — en particulier chez les masculins — de nos générations juniors ?
Dans une hypothèse, certes poussée à l’extrême, une équipe française pourrait désormais se présenter à des championnats par équipes avec la configuration suivante : un judoka formé et licencié dans son club d’origine, deux étrangers évoluant dans leur pays, mais licencié de manière individuelle dans ce même club et deux judokas français pris en licence équipe, de deux régions différentes. Liberté facilitée à présenter une équipe pour un club ? Incontestablement. Modèle en divergence avec l’éthos du judo français et sa culture des équipes ? Certains l’affirment déjà.


