Aurélien Diesse remporte l’argent en -100kg.
Crédit photo : Tamara Kulumbegashvili/IJF

Le coup fut presque parfait puisqu’il mena sa finale par yuko. Mais sur un passage au sol, Idar Bifov, spécialiste de ne-waza, empêcha Aurélien Diesse de réaliser un coup retentissant en s’adjugeant ce Grand Chelem d’Abou Dhabi. En effet, un très joli travail en juji-gatame fit, finalement, abandonné le titulaire tricolore aux JO de Paris en -100kg.

Mais rembobinons les faits. Blessé sérieusement au doigt dix minutes à peine avant d’entrée en scène à Paris il y a plus de deux ans, le combattant de la Seine-Saint-Denis, opéré du doigt dans la foulée, se voyait obliger de monter à nouveau sur la table d’opération en février 2025, cette fois-ci pour son genou. Conséquences ? Plusieurs mois d’absence et un retour sur les tatamis internationaux en octobre 2025 sur le Grand Prix du Pérou où il allait gagner le bronze contre un autre Français, Farès Mekhoukh. Depuis ? Inscrit sur le Grand Chelem de Budapest, le judoka formé à Bondy en était finalement absent. C’est donc finalement hier que le Tricolore, classé n°129 à la ranking-list, retrouva le circuit.
Une journée placée sous le sceau de l’optimisation et de la maximisation des caractéristiques qu’on lui connait : un soto makikomi à droite très fort qui aura fait tomber tous ses adversaires ou presque, y compris le Russe Bifov, vingt-trois ans, n°9 mondial, classé sur les sept compétitions où il fut aligné cette année, en finale; des attaques très fortes en première intention lancées dès le début du combat; un impact physique qui usa et fit craquer notamment le Néerlandais Simeon Catharina ou le Russe Adam Sangriev en demi-finale. Catharina et Sangriev ? Tête de série n°1 hier, pour le premier. Tête de série n°5, pour le second. En quart de finale, Diesse s’offre le scalp du Hongrois Zsombor Veg, tête série n°8 sur un magnifique harai-goshi.
Une médaille d’argent en costaud et sept cents points récoltés, soit une ascension qui devrait mener Aurélien Diesse autour de la cinquante-troisième place, juste devant Farès Mekhoukh.
Absent de la liste pour le Grand Prix de Zagreb dans deux semaines, trop loin pour se qualifier pour le Masters fin décembre, on devrait retrouver le -100kg sur les championnats de France fin novembre à La Roche-sur-Yon. La prochaine sortie internationale du champion d’Europe juniors 2017 (en -90kg) sera à scruter de près, ne serait-ce que de part la prestation aboutie du jour, il y a peu de doutes que la concurrence étrangère aura, désormais ou à nouveau, un œil sur le Tricolore.

En +100kg, Kevin Nzuzi Diasivi (PSG Judo), junior deuxième année et champion d’Europe début septembre, participait, lui, à son premier Grand Chelem. Le Parisien termine à la septième place, battant le Monténégrin Stefan Kovinic sur un ashi-gatame. Une clé de bras très rare à haut niveau mais parfaitement exécutée par le champion de France juniors. Derrière, une autre victoire contre l’Ukrainien Yevheniy Balyevskyy, n°23 mondial, sur un uchi-mata gaeshi après cinquante secondes au golden score. Derrière, deux défaites, contre le Géorgien Irakli Demetrashvili, sur un sukashi parfait à la tentative de sode-tsuri-komi-goshi du jeune Tricolore puis sur le Finlandais Martti Puumalainen sur un de-ashi-barai. Un petit yuko qui suffit à celui qui vient de finir cinquième des championnats du monde au début du mois pour l’emporter. Prochain rendez-vous pour Nzuzi Diasivi : les championnats du monde juniors fin novembre à Tachkent.

Beaucoup moins de réussite pour les trois autres Français du jour : défaite au premier tour pour Dounia Nacer (Bourg-la-Reine JJ 92) en +78kg, battue aux pénalités par la Brésilienne Giovanna Santos et pour Roméo Lévêque (JC Chilly-Mazarin-Morangis) en -100kg, qui après avoir ouvert la marque sur un kata-guruma, se faisait reprendre sur un tomoe-nage puis contrer sur une tentative à nouveau de kata-gutuma. En -78kg, Madeleine Malonga (Étoile sportive Blanc-Mesnil Judo) si elle passe son premier tour contre la Tunisienne Arij Agueb grâce à son uchi-mata, subie le rythme et les attaques brouillonnes de la Slovène Metka Lobnik. Une combattante sur laquelle la championne du monde 2019 et vice-championne olympique 2021 restait sur trois victoires.

Un samedi avec deux surprises : la victoire de l’inusable Bulgare Ivaylo Ivanov, trente-deux ans, en -90kg. Dix-huitième mondial, celui qui a fini septième aux championnats d’Europe 2026, s’adjuge son deuxième Grand Chelem en carrière, après une finale très productive contre le Moldave Mihail Latisev, n°12 mondial, deuxième au Grand Prix du Pérou en août et en bronze au Grand Chelem de Budapest début septembre. Un ko-uchi-gake et un eri-seoi-nage, comptés waza-ari à chaque fois et marqués dans la troisième minute, permettent à Ivanov de monter pour la seconde fois sur la plus haute marche du podium d’un Grand Chelem. La première fois ? Le 30 octobre 2015 à… Abou Dhabi.
L’autre grosse surprise est venue de la victoire de la Croate Helena Vukovic contre Raz Hershko en finale des +78kg. En effet, la seconde restait sur cinq victoires de rang contre la première ! Une finale où, à l’inverse des -90kg, il ne sera rien passé ou presque : trois shidos à deux donc deux fois où l’excellent arbitre hongrois aura pénalisé les deux combattantes pour non-combativité.
En +100kg, le Géorgien Irakli Demetrashvili, n°5 mondial, éliminé au deuxième tour de l’épreuve individuelle des Mondes à Bakou par Muzzafarbek Turoboyev, mais très bon en équipes (il avait battu Tieman Diaby lors de la rencontre de repêchages), continue son petit bonhomme de chemin : vainqueur du Grand Chelem de Tbilissi, en argent à celui d’Oulan-Bator, hier, il foudroie le vice-champion du monde 2026, l’Azerbaidjanais (né Géorgien) Ushangi Kokauri, sur un uchi-mata ken ken à gauche parfaitement suivi en hon-gesa-gatame.
Là où il n’y a pas du tout de surprise, enfin, c’est en -78kg avec la victoire de la championne du monde en titre, Yelyzaveta Lytvynenko. Dans une finale de cadors de la catégorie, elle bat la Portugaise Patricia Sampaio sur un tani-otoshi après trois minutes de golden score. La meilleure du moment dans la catégorie – en attendant le retour de l’Italienne Alice Bellandi – c’est bien elle.