Quatre combattants masculins engagés au matin de ce premier jour du Grand Chelem d’Astana au Kazakhstan, catégories -60kg et -66kg, un seul en phase finale, Enzo Jean, en -60kg.
Les deux jeunes Parisiens Alexis Renard et Kelvin Ray engagés l’hiver dernier sur les championnats d’Europe et du monde juniors (avec une médaille européenne à la clé pour chacun), finalistes dans la foulée du championnat de France des -66kg (victoire du Ray, tout juste montés des -60kg), continuaient leur apprentissage en enchaînant un troisième tournoi majeur depuis leur sortie des juniors. Pas de réussite cette fois pour l’un comme pour l’autre, avec l’échec d’Alexis par deux yukos sur un gaucher kazakh, Nurkanat Serikbayev, et de Kelvin sur un combattant du pays hôte lui aussi, au rythme, dans un combat arbitré dans un esprit outrageusement « maison » par l’arbitre ouzbek sur le tapis et le contrôleur géorgien à la table, qui conduisait le jeune Français à l’élimination par trois pénalités, alors qu’il était le seul à tenter de fortes attaques sur un adversaire particulièrement fuyant. Cette tendance, déjà constaté aux championnats d’Europe, n’est franchement pas un signe de rigueur, ni de vigueur, du judo européen et mondial.
Pas de réussite non plus en -60kg pour le trentenaire Richard Vergnes, l’homme aux treize médailles en open continentaux, qui plaçait un beau seoi-nage sur un jeune Allemand et semblait s’ouvrir la voie d’une finale de tableau contre un combattant kazakh en lui plaçant un joli o-uchi-gaeshi dans les dernières secondes qui le faisait s’envoler pour waza-ari… mais en lui offrant au final la possibilité d’une immobilisation surprise.
C’était une victoire de mieux pour Enzo Jean, qu’on n’avait pas revu depuis sa convaincante médaille d’or du grand Prix de Croatie en 2025, surpris en quart de tableau par le ko-uchi-gaeshi que lui mettait en sortie d’esquive de seoi-nage le Mongol Sukhat Byambasuren, 37e mondial et futur vainqueur de la catégorie. Enzo Jean dominait en repêchages l’Italien Carlino, mais le combattant le mieux classé du jour (devant Enzo Jean, 19e à la ranking), l’ancien médaillé olympique et mondial taiwanais Yung Wei Yang, 7e mondial, faisait parler sa vivacité et son tranchant dans les enchaînements au sol et le Français ne pouvait que s’incliner pour le bronze.

Pont (quista) d’or !

Beaucoup plus de réussite du côté des féminines françaises, malgré le forfait pour trouble de santé d’Anais Perrot en -48kg et la défaite au premier tour de Pauline Cuq en -52kg, tourmentée par les petits o-uchi-gari à genoux tout en finesse de la Brésilienne Nicole Marques et sa finition parfait en juji-gatame. C’était en effet l’entrée en piste, dans cette catégorie des -52kg, de Blandine Pont, toute récente médaillée d’or du Grand Chelem de Tbilissi en mars. Cette fois encore elle faisait parler son redoutable o-soto-gari court de droitière (mais elle le place aussi à gauche quand c’est nécessaire), un renversement au sol très malin contre la plus récalcitrante du jour, la Brésilienne Gabriela Conceicao, 21e mondiale, qui parvenait bien à la priver de main droite et l’attaquait en seoi-nage, et même un uchi-mata bien réussi contre la Russe Lilia Nugaeva. Elle se retrouvait une nouvelle fois en finale, abordant une adversaire « test », Khorloodoi Bishrelt, désormais Emirati et 14e mondiale. Il lui fallait trois minutes pour trouver le chemin d’un o-soto-gari à partir d’une situation de remontée du sol. Deuxième médaille d’or en Grand Chelem de suite pour Blandine Pont en -52kg, sa cinquième si on les ajoute au trois qu’elle était allée chercher en -48kg, dans sa tentative de sélection aux Jeux de Paris 2024. Désormais bien installée dans cette catégorie supérieure et dans le sillage d’Amandine Buchard, elle frappe à la porte des sélections avec la clarté qui la caractérise.

Mokdar double Astana

Elle n’est pas la seule, comme le démontrait la finale franco-française en -57kg. Alors que Sarah-Léonie Cysique et Martha Fawaz s’étaient expliquée en sélection européenne deux semaines plus tôt, on y retrouvait Chloé Devictor, 5e au Grand Chelem de Paris, et Faiza Mokdar, 3e de ce même Grand Chelem parisien, volontaires elles aussi pour y prétendre. Tandis que Faiza Mokdar expédiait ses deux premiers tours contre une championne du monde cadette 2025, la mongole Tsendbazar Mashbat, et contre l’Indienne Yamini Mourya, avec d’excellents enchaînements au sol, Chloé Devictor faisait dans son quart un gros travail de déblayage contre les filles fortes du jour, la Hongroise Roza Gyertas, 5e mondiale dans la catégorie inférieure, venue se tester en -57kg, et surtout l’Allemande Seija Ballhaus, membre du top 20 mondial et championne d’Europe l’année dernière. Deux demi-finales réussies, Mokdar sur un maître seoi-nage contre la Brésilienne Sarah Souza, 22 ans et 45e mondiale, Devictor sur un beau juji-gatame par en dessous alors que la Néerlandaise Shannon Van De Meeberg, 27 ans et 75e mondiale, semblait pouvoir bénéficier d’un contrôle vidéo favorable. Sur la finale, Faiza Mokdar affichait une supériorité manifeste avec un nouveau très bon mouvement d’épaule et un travail au sol facile et efficace. Moins dispersée dans ses intentions, ponctuant tous les passages au sol par des séquences précises et dangereuses, à 24 ans, Faiza Mokdar emporte son troisième Grand Chelem – son deuxième Grand Chelem d’Astana consécutif – et affiche de nouvelles intentions.