
Crédit photo : IJF
Point d’étape en ce début de qualification olympique avec Armen Bagdasarov, responsable en chef de la commission d’arbitrage de la FIJ. Sans esquiver certaines interrogations persistantes.
Si Oulan-Bator a constitué le point de départ de la course olympique pour les athlètes, il en va de même pour les arbitres. Comment cela s’est-il organisé ?
Chaque arbitre qui officie actuellement sur le World Judo Tour doit passer un examen sur le nage-no-kata et le katame-no-kata. Nous nous concentrons beaucoup sur la formation, d’autant que la qualification olympique commence aussi pour les arbitres. Les seize meilleurs iront aux Jeux olympiques : huit Européens, trois Asiatiques, trois Panaméricains, un Océanien et un Africain. Actuellement, nous avons réaffecté le quota africain à un autre continent pour les prochains championnats du monde. Mais si la situation change, ce quota sera évidemment réaffecté à l’Afrique. Nous ferons une répétition générale avec le même groupe d’arbitres – quinze ou seize – et de superviseurs sur trois compétitions : les Grands Chelems de Lausanne (28-30 août) et de Budapest (11-13 septembre) puis les Championnats du monde (4-11 octobre). Nous considérons désormais que les meilleurs arbitres doivent être ensemble. C’est comme des musiciens : un orchestre doit jouer la même musique.
Quelles sont les dernières situations concrètes sur lesquelles vous avez travaillé avec le corps arbitral ?
Notre objectif est de s’assurer que les arbitres connaissent, comprennent et sachent analyser toutes les situations… ou presque. Aucune erreur n’est permise. Dernièrement, nous avons insisté sur le ne-waza. En effet, nous devons être particulièrement attentifs au moment où est annoncé « matte » : pas trop tôt lorsqu’un shime-waza est engagé, ou à l’inverse, ni trop tard alors que l’athlète a déjà perdu connaissance.
Y a-t-il une autre situation précise, dans ce domaine, dont vous avez discuté ?
Nous essayons de nous concentrer sur l’ensemble des situations. Bien sûr, nous sommes humains, nous commettons des erreurs. Mais je peux vous assurer que nous souhaitons tirer les leçons de nos erreurs afin qu’elles ne se reproduisent plus. Par exemple, nous avons eu une situation lors de la finale des +78kg au Grand Prix d’Autriche. Raz Hershko place un ude-garami dans le dos. Elle a fait cette technique, qui est interdite, et nous avons donné ippon. Après coup, nous avons analysé cette situation et nous nous sommes rendu compte que nous avions commis une erreur. Or, une situation similaire s’est présentée très vite après, lors des championnats d’Europe, pendant le combat entre Zelym Kotsoiev et Simeon Catharina lors de la demi-finale des -100kg. L’arbitre a annoncé « matte », avant de disqualifier l’Azerbaïdjanais. Ce qui était la bonne décision.
Selon vous, le critère du yuko est-il désormais clair pour les arbitres ? Plus aucun doute là-dessus ?
Nous suivons toujours la même ligne, nous n’avons pas changé. Nous avons des discussions avec le Kodokan, avec Monsieur Uemura et son assistant, et nous allons encore en discuter lors de notre prochaine réunion à Bakou, lors des championnats du monde en octobre. La discussion porte sur l’angle de réception au sol. Quoi qu’il en soit, notre message reste le même : ne perdez pas le fil. Si vous avez la technique, s’il y a de la continuité et un impact au sol… Bien sûr, l’angle est parfois très petit, parfois plus grand, mais il ne faut pas passer à côté.
Quelle est votre position sur les sorties de tapis ?
Je peux aborder cela de manière globale, et pas seulement pour les sorties de tapis. Car tout ce que nous autorisons – qu’il s’agisse d’une garde non conventionnelle d’un seul côté ou d’une garde en « pistolet » – doit être fait de manière positive. En revanche, tout ce qui est négatif doit être pénalisé.
Pour les sorties de tapis, nous disons ceci : si cela arrive une fois, d’accord… Mais si vous sortez intentionnellement, deux ou trois fois, cela doit être une pénalité. On ne peut pas fuir le tapis. Il faut combattre à l’intérieur. Lorsque l’on mène au score et qu’il n’y a pas de pénalité, les judokas commencent à se défendre, à se protéger en fuyant à l’extérieur. Ça ne peut pas se passer comme ça.
Du coup, le geste de la pénalité est-il celui de la sortie de tapis ? Ou cela dépend-il, comme vous le dites, de l’intention ?
Cela dépend de la situation. Si vous sortez délibérément, nous sanctionnons la sortie. Si vous fuyez à plusieurs reprises, nous sanctionnons également, sans doute en faisant le signe de la passivité (moulinette, NDLR). Parfois, il arrive aussi que les deux athlètes sortent en même temps du tapis.
Pouvez-vous préciser ce qui est « négatif » pour vous ? Quelles situations sont négatives ? Vous parliez des attaques rapides ou des sorties…
Aujourd’hui, nous ne parlons plus d’attaque rapide, nous disons que cela doit être positif. Si je prends une garde en pistolet ou à deux manches, il faut en faire quelque chose de positif. Si l’on bloque la situation, cela doit être une pénalité. Si l’on prend la garde d’un seul côté, il faut être positif, lancer de vraies attaques. Nous ne disons plus, comme par le passé, qu’il faut attaquer immédiatement. Nous laissons du temps. Mais si vous prenez juste la garde pour bloquer, c’est une pénalité.
C’est la même chose pour les fausses attaques. Les fausses attaques n’ont pas changé, nous surveillons les très mauvaises attaques. Lorsqu’il y a une attaque, nous vérifions s’il y a une rupture d’équilibre, une petite réaction. Si vous faites cela plusieurs fois, nous devons analyser s’il s’agit d’une vraie attaque ou non. Il faut de bonnes attaques et non des attaques contrefaites. Si vous ouvrez cette boîte de Pandore pour de petites choses, les gens vont commencer à compter cela comme des attaques et on se retrouvera avec des shido. Même raisonnement, enfin, pour les ruptures de garde.
Du coup, êtes-vous satisfait aujourd’hui de la pénalisation ?
Nous devons faire mieux. Être plus stricts. Selon moi, lorsque l’on donne une pénalité, c’est un signal envoyé à l’athlète pour lui dire de ne plus recommencer. Nous devons de toute façon nous améliorer. Je vois de quoi vous parlez : parfois, un arbitre ne donne rien et, pour un autre athlète, il donne une pénalité. C’est une très mauvaise chose dans l’arbitrage. Les règles doivent être les mêmes pour tout le monde. On ne peut pas donner une pénalité, un hansokumake ou un ippon à un athlète et, pour une situation similaire ou identique chez un autre, donner un score différent, une pénalité différente ou ne rien donner. Tout le monde doit être logé à la même enseigne. En Mongolie, nous avons repris tous ces détails, autour des situations de waza-ari, yuko, ippon, hansokumake… C’est notre focus. Nous préparons des vidéos pour les prochaines étapes et nous commencerons notre session de formation à partir de là.
Êtes-vous confiant quant à la direction empruntée par l’arbitrage mondial ?
Tout d’abord, je veux souhaiter bonne chance à tous les athlètes. Ma devise ? Quand le judo est bon, l’arbitrage est bon. Quand l’arbitre commence à prendre des décisions sur le tapis, à donner des pénalités, c’est là que les problèmes peuvent commencer pour tout le monde. Je n’aime pas ça. Comme je vous l’avais dit lors de notre précédente interview à Paris, ce sont les athlètes qui doivent décider de qui gagne.


