
Crédit photo : Tamara Kulumbegashvili/IJF
Trente-cinq. C’est désormais le nombre de combats gagnés consécutivement par Haruka Kaju, en -63kg, depuis le Grand Chelem de Tokyo 2024 et ses débuts sur le circuit international.
Un nombre que la Nipponne a atteint en huit compétitions : un championnat du monde, cinq Grands Chelems, un Grand Prix et un championnat continental.
Des statistiques sidérantes. Mais moins que celle-ci : depuis son premier combat en décembre 2024, la Nipponne n’a concédé aucune valeur. Ni yuko ni waza-ari. Un tableau vierge, immaculé. À l’inverse, elle gagne seulement trois combats par un yuko. Les trente-deux autres le sont par waza-ari, ippon ou hansokumake.
Ce week-end, à Oulan-Bator, c’est avec une recette habituelle, éprouvée et pour l’instant toujours aussi insoluble pour ses adversaires que la Nipponne s’impose : un ne-waza d’orfèvrerie suisse. Elle gagne trois de ses quatre combats du jour. Une arme absolue, létale, irrémédiable. On se souvient que Catherine Beauchemin-Pinard, en finale des Mondes 2025, avait tenté d’aller sur le propre domaine de Kaju en début de combat. Des tentatives très fortes, proches du succès… avant de se faire punir par là où elle avait voulu prouver.
Depuis Budapest, Kaju, beaucoup sortie en 2025, et qui n’a cette année participé qu’au Grand Chelem de Tbilissi, écœure et/ou dompte avec supériorité la concurrence. Un exemple ? Cela fait deux fois que la Japonaise retrouve la Néerlandaise Johanne Van Lieshout en finale de Grand Chelem pour deux scenarii identiques : pas de victoire au sol pour une fois, mais un succès aux pénalités, trois shidos à rien. Plus incisive, plus dangereuse, Haruka Kaju a une stratégie claire et pour l’instant parfaite contre la championne d’Europe en titre. Et contre toutes les autres.
La lutteuse Tanaka
Le Japon, qui s’offre un doublé féminin ce samedi avec la victoire de l’autre championne du monde nipponne du jour, Shiho Tanaka, en -70kg.
Une judoka dont l’histoire sportive l’a fait passer par la lutte dont elle fut médaillée mondiale cadette en 2015. Une empreinte visible dans le judo de la combattante de la JR East. Réputée comme une des plus puissantes judoka du judo féminin nippon (elle a remporté le Kogo Hai, l’équivalent du Zen Nihon, en 2021), Tanaka remporte aujourd’hui trois combats sur cinq par un petit yuko, dont la finale contre l’Australienne Aoife Coughlan, n° 2 mondiale, cinquième des Mondes 2025 et deuxième à Tbilissi en 2026. Les deux autres le sont aux pénalités. Une judoka qui aime le ne-waza et particulièrement « prendre le dos » de son adversaire. Un style un tantinet peu orthodoxe pour une Nipponne, mais gagnant : depuis son titre mondial mi-juin 2025, elle n’a perdu qu’un combat — c’était en demi-finale à Tbilissi contre la jeune Portugaise Tais Pina — en six compétitions. Une dynamique parfaite qui la voit dominer la Française du jour, Clémence Émé (AJA Paris XX) projeter sur une forme de yoko wakare, mais en passant derrière son adversaire. Un yuko décisif. En repêchages, la Tricolore s’inclinera à nouveau d’un yuko sur Lara Cvjetko, vice-championne du monde 2025. Émé, qui sera toutefois la seule classée du jour pour l’Équipe de France.
Deux plus trois qui font donc cinq titres pour les Japonaises de Maki Tsukada : le Kimi Ga Yo est pour l’instant le seul hymne à avoir été joué pour les catégories féminines depuis hier.
Hécatombe chez les -73kg
Chez les masculins, deux histoires différentes à raconter. Commençons par les -73kg, où aucune des quatre premières têtes de série n’atteindra le bloc final. Une hécatombe débutée dès hier soir avec le forfait de Hidayat Heydarov, comme à Paris. Ce samedi, ni Makhmadbek Makhmadbekov, ni Danil Lavrentev, ni Rashid Mammadaliyev ne passe les huitièmes de finale. Lavrentev semblait pourtant parti sur de bonnes bases avec un succès contre le Japonais Ryuga Tanaka, seul judoka masculin de l’équipe de Keiji Suzuki, à ne pas être médaillé depuis hier.
Mais qui tira alors les marrons du feu ? Une tête de série tout de même. Et du pays organisateur qui plus est : Ankhzaya Lavjargal, 26 ans, n° 10 mondial : médaillé mondial 2024, le Mongol restait une médaille de bronze au Grand Chelem d’Astana. En finale, il place un uchi-mata au jeune Américain Jack Yonezuka, qui fait l’erreur de se relever en offrant une occasion en or d’attaquer sur uchi-mata à son adversaire, après deux minutes de golden score. Un Américain, bourreau de Dayyan Boulemtafes (PSG Judo), puisqu’il marque à quatre secondes de la fin du combat un yuko sans impact sur o-uchi-gari.
Superbe Joonhwan Lee !
Chez les -81kg, en revanche, les hommes forts étaient au rendez-vous, produisant et proposant un spectacle d’une très haute qualité. L’homme du jour dans cette catégorie exceptionnelle de techniciens ? Le Coréen Joonhwan Lee, médaillé olympique de bronze à Paris. En quart de finale, il bat Timur Arbuzov, sans doute le meilleur judoka du moment et dont vous pourrez retrouver l’interview exclusive dans notre prochain numéro. Très concentré sur le bras droit surpuissant du champion du monde et d’Europe russe, le Coréen n’hésitait pas à aller le corps-à-corps à gauche pour marquer un gros waza-ari. Sur l’action suivante, il lançait à la volée un ko-uchi makikomi à gauche qui finissait par plaquer Arbuzov sur les côtes. En demi-finale, il battait le Belge Mathias Casse sur un sode-tsuri-komi-goshi où il poussait sur l’arrière pour ippon. En finale, c’était le Japonais Yuhei Oino, vainqueur à Paris en février, qui subissait tout comme Arbuzov un ko-uchi makikomi à gauche absolument parfait ! Une journée de très haute volée pour Lee.
Ce samedi, la France reste bloquée à une médaille d’argent, puisque Manon Deketer (ESBM Judo) en -63kg et Arnaud Aregba (US Orléans Loiret JJJ) en -81kg perdent en éliminatoires. Deux premiers jours qui, à part l’éclaircie Cysique, relèvent de la déception.


