Romane Dicko en argent, Célia Cancan en bronze chez les +78kg.

Crédit photo : Tamara Kulumbegashvili/IJF

Trois et une qui font quatre. Quatre, comme le nombre de médailles que la France remporte, au final, sur ce Grand Chelem d’Oulan-Bator. Elles sont toutes féminines et trois sont glanées aujourd’hui, dont deux dans la même catégorie. Point de podium pour les masculins qui ne classe qu’un seul judoka sur les trois jours.
Tel pourrait être le bilan purement statistique de ce rendez-vous qui initiait le début de ranking-list olympique. Mais dans le détail ?

N’Gayap Hambou, seul classé masculin 
Il y a d’abord la cinquième place de Maxime-Gaël N’Gayap Hambou (Arts martiaux Asnières) en -90kg. Le médaillé olympique français débute par un parcours parfait, se qualifiant pour les demi-finales en battant en quart de finale l’Azerbaidjanais Murad Fatiyev sur un contre dans la première minute. Pas très clair, mais les arbitres ne doutaient pas et valorisaient waza-ari.
Mais l’Asniérois s’inclinait deux fois lors du bloc final : en demie face au Coréen Jonghoon Kim. Un combat lancé à coups d’o-uchi-gari, le Français répondant au Coréen avec que ce dernier place un sode-tsuri-komi-goshi suivit en immobilisation. Une action qui visiblement sonnait le Français.
Pas d’abandon pour autant, mais une nouvelle défaite, pour le bronze, face au Serbe Boris Rutovic, dix-neuf ans et donc encore juniors, 17e mondial, qui restait sur une très belle performance, puisqu’il avait remporté le Grand Chelem d’Astana. Rien que ça. Rutovic qui laissera un goût amer dans la bouche tricolore, puisque c’est lui qui avait battu Alexis Mathieu en huitième de finale sur obi-tori-gaeshi. Un judoka au style puissant et qui possède, pour un droitier, une botte secrète avec un o-goshi à gauche qui faillit bien surprendre N’Gayap Hambou en début de combat. Mais c’est finalement sur un sumi-gaeshi classique que Rutovic domine le Tricolore. Une cinquième place pour l’Asniérois qui prouve tout de même la forte régularité du médaillé des Jeux olympiques de Paris après ses troisièmes places au Grand Prix d’Autriche et aux championnats d’Europe.
En -100kg, Fares Mekhoukh (PSG Judo), qui revient de blessure, se montre impuissant face aux o-soto-gari du Japonais Ryotaro Masuchi. En +100kg, Mathéo Akiana-Mongo (FLAM 91), encore juniors, subit le morote-seoi-nage du Chypriote Giannis Antoniou, qui sort lui des juniors, dont il fut médaillé européen et mondial en 2023. Les deux champions de France en titre sont donc battus au deuxième et premier tour.
Huit engagés (sans Walide Khyar, Joan-Benjamin Gaba et Teddy Riner), des titulaires européens et mondiaux (voire olympiques) et un seul judoka classé pour le groupe de Dany Fernandès. Le compte n’y est pas.

Cancan en bronze, Tcheuméo et Dicko en argent
Chez les féminines, pour le côté pile, beaucoup de positif, avec trois médailles : le bronze pour Celia Cancan (ACBB Judo) en +78kg, et l’argent pour Audrey Tcheuméo (C’Chartres Judo) en -78kg et Romane Dicko (PSG Judo) en +78kg. De la présence, du judo, de la discipline. Cancan, dix-neuf ans, va chercher sa deuxième médaille consécutive en Grand Chelem, elle qui n’est encore que juniors. Aujourd’hui, elle ne s’incline que contre Romane Dicko. Pour le bronze, elle bat l’Estonienne Emma-Melis Aktas, tombeuse de Dicko en quart de finale des championnats d’Europe avec un kumikata classique, elle qui a l’habitude de souvent croiser pour lancer son spécial, o-uchi-gari. Une corde de plus à son arc.
Côté pile toujours, la capacité d’Audrey Tcheuméo à faire tomber, comme celle, nouvelle, de Dicko à son montrer efficace sur les ashi-waza, avec un ko-uchi-gari qui envoie Cancan sur le dos.
Côté face, l’élimination d’entrée de Kaila Issoufi (Sainte-Geneviève Sports Judo), pénalisée deux fois en moins de cinq secondes dans les vingt dernières secondes. Une sortie de tapis et une main au pantalon, ajoutés à une première pour défense exagérée et voilà la médaillée européenne 2026 des -78kg, tête de série n° 3, qui perd un combat qu’elle maitrisait.
Côté face, toujours, les deux défaites en ne-waza d’Audrey Tcheuméo et Romane Dicko lors de leur finale respective. Un dégagement de jambe par l’Émiratie Yelyzaveta Lytvynenko pour la première, un retournement par un bras de Mao Arai pour la seconde.
Six classées, quatre médailles (trois d’argent, une de bronze) pour dix engagées, dont cinq étaient présentes sur les championnats d’Europe de Tbilissi.

Les favoris exacts au rendez-vous 
Pas de surprise concernant les autres catégories avec la victoire attendue du champion du monde japonais Sanshiro Murao en -90kg. Gaucher au style classique magnifique, l’ancien capitaine de Tokai mystifie une nouvelle fois tous ses adversaires avec ses techniques de jambe, le Coréen Jonghoon Kim n’y échappant pas en finale. En -100kg, le roué italien Gennaro Pirelli, champion d’Europe en titre, s’impose lui aussi dans son style typique : du cœur, des attaques entre deux — ni fausses ni lancées pour chercher le ippon —, du sens tactique et un bel opportunisme. En demi-finale il bat le Russe Arman Adamian, blessé aux côtes en quart de finale et qui ne se présentera pas pour le bronze. En finale, le Transalpin bat l’autre Russe, Idar Bifov, aux pénalités.
Enfin, chez les +100kg, pas de victoire pour Tasoev, battu par le Coréen Minjong Kim, vice-champion olympique à Paris sur un magnifique uchi-mata sukashi, en demi-finale.
Kim, qui bat le Géorgien Irakli Demetriashvili en finale aux pénalités, tout en ayant mené d’un yuko sur un eri-seoi-nage à gauche dès le début de combat. Kim, qui n’a que vingt-cinq ans, continue à se poser comme l’un des hommes forts de cette catégorie : médaillé de bronze mondial en 2025, troisième à Paris et vainqueur ici. Un judoka qui sait battre Tasoev (le duel en est à trois succès à deux pour le Russe champion du monde en titre après ce dimanche).
Un Grand Chelem d’Oulan-Bator qui, d’ailleurs, a prouvé que les grosses nations et leurs meilleurs éléments savaient ce premier tournoi de la ranking-list olympique important et avaient su le prouver lors de ces trois jours : le Japon finit à huit titres, dont cinq pour ses champions du monde en titre. La Corée du Sud termine deuxième avec la première place pour ses deux valeurs les plus sûres du côté masculin : Joonhwan Lee en -81kg et Minjong Kim en +100kg. l’Italie termine troisième avec l’or de Pirelli et l’argent de l’inarrêtable Odette Giuffrida en -52kg.
La Russie ne récolte pas d’or, mais conclut ce Grand Chelem à cinq médailles, le plus haut total derrière l’intouchable Japon et ses dix podiums.
La semaine prochaine, étape à Qingdao, pour le Grand Prix de Chine, avec, là aussi, du très beau monde. La course vers Los Angeles a définitivement commencé !