Fanny-Estelle Posvite en argent chez les -78kg.
Crédit photo : Emanuele Di Feliciantonio/IJF

Hier, Fanny-Estelle Posvite n’a pas uniquement été chercher sa douzième médaille en Grand Prix à 34 ans. Elle a, aussi, évité à la France de terminer sans podium sur ce Grand Chelem du Pérou. En effet, avec sa médaille d’argent en -78kg, la combattante de Nice Judo offre l’unique médaille au compteur tricolore, resté vide depuis le début de cette compétition. Hier, la France aurait pu envisager trois podiums. Mais seule la Niçoise monte finalement dessus puisque les deux autres chances de podium, Madeleine Malonga (ESBM Judo) également en -78kg et Farès Mekhoukh (PSG Judo) en -100kg échouaient lors du combat pour le bronze.
Notons toutefois pour la première qu’elle faisait son retour sur le circuit international après avoir été devenue maman. À Lima, la vice-championne olympique de Tokyo participait à son deuxième tournoi seulement depuis les JO de Paris, après la coupe d’Europe de Bosnie-Herzégovine fin mai. Battue par l’Allemande Mathilda Sophie Niemeyer en demi-finale au sol, Malonga s’inclinait d’un yuko rendu ridicule par le nouveau règlement : sur un ko-uchi-gari de la Guinéenne Marie Branser, la championne du monde 2019 arrivait sur les fesses, buste en avant et face au tapis avec toutefois le côté gauche légèrement incliné. Une valeur que la Française ne remontera pas dans un combat où, malgré une puissance supérieure, elle n’aura que trop peu mis en danger une adversaire prompte à tourner le dos dès qu’elle se sentait dominée physiquement.
Pour le second, champion de France en titre des -100kg, il s’agissait de la seconde compétition après le Grand Chelem de Mongolie en juin, après une blessure contractée au début de l’année.
Battu en quart de finale par le Brésilien Giovani Ferreira, futur finaliste, le judoka du PSG subissait par deux fois le terrible sasae-tsuri-komi-ashi de l’étonnant Japonais Yuta Kasai, 22 ans, lors du combat pour le bronze.
Un Nippon étonnant, car ce dernier sort du cadre habituel des judokas du pays : étudiant à l’université de Waseda d’avril 2022 à mars 2026, employé dans une filiale de Toyota — spécialisée dans le trading dont la dénomination est Toyota Tsusho — Yuta Kasai est ce qu’on appelle au pays du Soleil-Levant un salaryman. Concrètement, ce dernier, 3e à la Coupe du Kodokan 2025 et vainqueur du championnat du Japon début avril, s’entraîne très tôt le matin avant d’aller travailler pour se réentraîner à la fin de la journée. Un judoka loin des standards habituels, recrutés par des équipes d’entreprise (Asahi Kasei, Park 24, Alsok, JES, etc.) et payés à s’entraîner deux fois par jour dans les meilleures universités du pays.
Hier, pour sa première sortie internationale, Kasai s’offre donc une médaille, après avoir perdu de manière très confuse en demi-finale face à l’Italien Daniele Accogli. Alors qu’au départ, il pense fort logiquement avoir gagné sa place en finale suite à une immobilisation, les superviseurs le sanctionnent d’une troisième pénalité, sans doute pour avoir coincé la tête de son adversaire transalpin avec ses deux jambes — et sans un bras — lors de l’immobilisation. Une décision en eau de boudin que même Accogli et son coach, visiblement, ne comprenaient pas.
Le Japon, qui termine donc à deux médailles pour deux engagés venus au Pérou aux frais de leur entreprise : Toyota Tsusho pour Kasai, la police métropolitaine de Tokyo pour Seiko Watanabe, en or chez les -63kg. Ce sera d’ailleurs également le cas, selon nos informations, pour le groupe nippon présent au Grand Chelem de Lausanne, fin août.

Et Fanny-Estelle Posvite dans tout cela ? Elle faillit réaliser la journée parfaite, en battant deux Brésiliennes, puis deux Allemandes. En demie, elle enfonce Karol Gimenes, 21e mondiale, dans le tatami en seulement huit secondes sur un o-soto-gari monstrueux. Pour son premier combat, menée, la Française ne s’affolait pas et plaçait un juji-gatame à Beatriz Freitas, l’autre judoka brésilienne, n° 12 mondiale. S’il battait l’Allemande Julie Hoelterhoff nettement (deux yuko, deux waza-ari) en quart de finale, elle faisait l’erreur, en finale, de lancer un o-soto-gari trop lointain contre Mathilda Sophie Niemeyer, qui pivotait pour la contrer en makikomi. Un waza-ari que Posvite ne remontait pas.
Quatre combats contre des judokas mieux classées qu’elle pour trois victoires. Le compte y est !
Un parcours salvateur, puisque la France finit dans les pays médaillés, mais seulement à la douzième place, comptant au total sept classés pour quinze engagés.

Un dimanche où la Moldavie y va de sa médaille avec l’argent de Mihail Latisev en -90kg, nettement battu toutefois par le très soyeux Brésilien Rafael Macedo — du club de Porto Alegre — sur un superbe eri-seoi-nage. Le Brésil, qui s’adjuge un cinquième titre avec sa championne olympique des +78kg Beatriz Souza. En phase de reprise depuis deux ans et son sacre parisien, la Brésilienne n’a que trois combats à faire hier, mais bat coup sur coup, à chaque fois au sol, l’Israélienne Raz Hershko, n° 1 mondiale, et l’Italienne Asya Tavano, n° 6 mondiale. Avec, d’ailleurs, une belle autorité. Un Brésil qui sera venu avec son équipe n° 1 et quitte le Pérou avec onze médailles.
À la deuxième place, l’Italie, qui, grâce à une belle dernière journée — l’or de Gennaro Pirelli en -100kg qui bat son compatriote Daniele Accogli en finale et l’argent de Tavano — passe devant la Moldavie au nombre de médailles de bronze. Cette dernière finit donc troisième.
Dernier combat de ce Grand Prix, la finale des +100kg vit le Chypriote Giannis Antoniou contrer la tentative d’arraché du Croate Mikita Sviryd pour offrir à son pays son premier titre en Grand Prix de l’histoire !  Le jeune Chypriote qui avait auparavant gratifié le public d’un o-soto-gari très puissant en quart de finale. Un mouvement très en vogue ce dimanche.