Ce fut l’un des leitmotiv de Stéphane Nomis et de son équipe durant la campagne pour la présidence de la FFJudo : “la situation financière est critique.” Ce soir, un article de nos confrères de L’Équipe, qui ont eu accès à un pré-rapport de la Cour des Comptes et de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (Igesr), donne du poids à cette assertation.
En effet, ces derniers, lancés il y a plusieurs mois (donc sous la présidence de Jean-Luc Rougé), font un bilan (très) critique de la gestion financière de la fédération, mettant en lumière au moins trois sujets : l’Institut du Judo, des subventions régionales et le Grand Dôme de Villebon.

-La SCI (société civile immobilière) Institut du Judo
La Cour des Comptes note que la FFJudo a omis sciemment d’associer à ses comptes ceux de sa SCI. Soit, 2.3 millions d’euros de pertes.
Fin 2019, la créance détenue par la fédération sur la SCI était de 10 millions d’euros. Une somme que la SCI n’a jamais eu les moyens de rembourser puisque ces ressources propres sont très faibles. De plus, en 2016, la FFJudo s’est portée garante d’un prêt contracté par la SCI. Or, cette somme n’a pas été provisionnée par la fédération et la SCI ne sera, sauf miracle, pas capable de rembourser ce prêt.

-Subvention Région Île-de-France et du ministère des Sports
Entre 1995 et 2001, la région Île-de-France a alloué 12 millions d’euros de subvention alors que le ministère des Sports en allouait 8 millions.
Une somme de vingt millions d’euros que la FFJudo a décidé de reverser à l’Institut du Judo. Comme l’écrit la Cour des Comptes citée par L‘Équipe, “toutes les subventions ont été sollictées et attribuées à la Fédération  alors que celle-ci savait pertinemment qu’elles bénéficieraient à une autre entité (la SCI), créée antérieurement au dépôt des demandes”.
Une utilisation non-conforme des subventions qui pourraient, au pire, entraîner un remboursement de la part des institutions.

-La faible place des partenaires privés
L’Igesr pointe du doigt la faible place des partenaires privés et le fait que leur nombre décroît : sept en 2016, quatre en 2020. “Le fait de limiter la démarche marketing au partenariat n’apparaît pas à la hauteur des enjeux actuels, et témoigne d’une conception ancienne et dépassée des relations entre le milieu associatif et les acteurs économiques.

-Le Grand Dôme de Villebon
En 2018, la FFJudo acquiert le Grand Dôme de Villebon pour 2,585 millions d’euros. La Cour des Comptes pointe d’emblée que “le Dôme a été acquis, dans des conditions juridiques et financières hasardeuses, évoquant même, l’hypothèse d’une délibération du conseil municipal de Villebon entaché d’illégalité pour défaut de saisine du domaine.
En avril 2017, L’Équipe explique que “la résolution d’achat du Grand Dôme avait été assortie d’une annulation en cas d’avis non conforme du Domaine“. Or, cet avis n’a jamais été rendu, ce qui n’a pas empêché le conseil d’administration de la Fédération, sur proposition de Jean-Luc Rougé, de voter la levée des réserves.
En outre, la Cour des Comptes, pointe du doigt ce qui se murmurait dès l’achat de Villebon : “un projet de développement disproportionné et et non soutenable économiquement.” L’institution de la rue de Cambon écrivant même : “les perspectives annoncées par l’équipe dirigeante sont fausses et mensongères.
L’Équipe ajoute “lors du conseil d’administration du 29 février 2020, le nouveau projet d’aménagement du Grand Dôme a été réévalué à 32.2 millions d’euros, soit un montant plus de trois fois supérieur que celui accepté sous réserve par l’AG (inférieur à 9 millions d’euros) en 2017“.  Au niveau des chiffres, à la fin de l’année 2020, la configuration initiale du Grand Dôme aura grevé les comptes de la FFJudo de deux millions d’euros.