Secrétaire Générale de France Judo, Magali Baton revient sur l’Assemblée Générale fédérale qui s’est déroulée à Poitiers il y a quelques jours, sur les décisions significatives qui y ont été votées et les perspectives à court et moyen terme que souhaitent dessiner la gouvernance actuelle.
Quel bilan faites-vous de cette Assemblée Générale 2026 et quelles ont été les décisions les plus significatives prises à cette occasion ?
Selon moi, l’élément le plus marquant pour nous, pour notre équipe, c’est le vote de confiance. Quand on a un quitus à 94 % de votes favorables, cela signifie que le travail que nous faisons et le sérieux budgétaire qui encadre tous les projets que l’on a engagés sont reconnus. Pour être honnête, cela fait plaisir, car nous savons que nous avons une assemblée générale exigeante — et c’est son rôle d’ailleurs ! — et qui ne nous pardonnera rien. Donc, ce quitus constitue le point le plus positif.
Ensuite, même s’il y a forcément une part de subjectivité, voici ce qui me paraissait le plus important : d’abord, l’inscription du vote à la proportionnelle dans nos statuts concernant la fédération et les ligues. Autre modification statutaire : le fait de devenir une fédération à mission. À noter également que les clubs vont pouvoir désormais voter pour la gouvernance des ligues. Ils prendront part au vote pour élire les présidents de comité, les présidents de ligue et le président de la fédération. C’est une belle avancée en termes de démocratisation, cela va dans le bon sens.
Que signifie devenir une fédération à mission ?
Cela consiste en un enrichissement des missions dévolues à la fédération. Ainsi, lors de cette AG a été adopté une modification de l’article 1er bis des statuts fédéraux qui stipule désormais que « Le judo, le jujitsu et les disciplines associées sont des leviers d’éducation, de santé et de citoyenneté. A travers les territoires, les Ligues, Comités et clubs offrent à la jeunesse et à chacun un espace pour grandir, se dépasser et s’épanouir ensemble. »
Il y avait aussi un point important concernant le Comité National de Kendo et Disciplines Rattachées…
Oui, et un vote à la quasi-unanimité a décidé que le comité CNKDR reste au sein de la fédération.
Une assemblée générale constitue un point d’étape sur les dossiers engagés. Sur quels sujets la fédération a-t-elle, selon vous, bien avancé ?
De mon point de vue, le premier sujet concerne la digitalisation. Lors de cette AG, nous avons évoqué ce qui avait déjà été fait : licence, équipe, thématique des dossards, JudoManager, la nouvelle plateforme de suivi des compétitions nationales ou le nouvel extranet, qui, s’il peut paraître contraignant pour un certain nombre, présente une plus grande sécurité informatique que la version précédente. C’est un sujet sur lequel il y a un petit regret. Nous l’avons traité un peu plus tard que prévu. Mais nous étions, au départ, sous-staffés et des choix politiques ont été faits, sachant que ce thème demandait un investissement financier conséquent.
Le très gros chantier tout prêt d’aboutir dans ce domaine, c’est évidemment la monétique. Un outil, un service, qui était attendu par les clubs depuis très longtemps. Je pense que cela va vraiment répondre à des attentes et être d’une grande utilité pour nos professeurs et nos dirigeants. Il faut aussi noter le lancement de l’application France Judo pour la fin de l’année.
Après, parmi ce qui avance bien aussi et qui me paraît vraiment important, il y a tout le travail qui a été fait sur la formation des dirigeants et que l’on va poursuivre. On sait qu’aujourd’hui, on a des structures qui se professionnalisent. Or, depuis trop d’années, cette question avait été un peu délaissée. Nous avons souhaité la reprendre à bras le corps. En 2025, nous avons formé près de neuf cents dirigeants. C’est énorme. Et nous allons continuer aussi ce travail-là parce que, pour accompagner les professeurs dans les clubs, aujourd’hui, il faut des dirigeants costauds qui puissent les soutenir et les accompagner au maximum.
D’autres thématiques avancent comme vous le souhaitez ?
Le chantier de la formation tient son calendrier. Il y a, bien sûr, tout le travail fourni par la Dojo Academy, la mise en place de nouveaux diplômes, comme le CQP spécialité JJB, mais aussi la création de modules de formation continue. Sur le JJB, nous avons le diplôme en initial et la formation continue aussi en e-learning. Ainsi, nous allons vraiment développer la formation continue en distanciel parce que cela correspond aux besoins de nos populations aujourd’hui.
De même, nous travaillons sur des outils de formation pour de la spécialisation : par exemple, une pédagogie différenciée en fonction des publics. Enseigner à des 4-6 ans n’est pas la même chose qu’à des 6-8 ans. Idem pour l’apprentissage au niveau des adultes, ce qu’on appelle l’andragogie.
Cette AG a été l’occasion d’évoquer la question de la sécurisation des pratiques…
Tout à fait. Avec la mise en place d’une plateforme numérique dédiée. L’État nous demande d’encadrer avec le plus de sécurité possible nos pratiques. On a eu malheureusement un accident tragique qui a suscité beaucoup d’émotions et c’est normal avec le décès d’un jeune judoka. Depuis deux ans, le protocole commotion a été mis en place. Cette nouvelle plateforme va nous permettre, pour chaque compétition, d’avoir la capacité de mieux recenser la nature des accidents, leur gravité. Cela va nous donner de vraies données parce qu’aujourd’hui, elles nous manquent finalement. Les incidents qui nous
remontent via l’assurance ne sont pas très significatifs en fait, puisque très peu de gens font une déclaration d’accident à l’assurance. Nous devons être plus précis dans notre capacité à identifier les pratiques peut-être les plus dangereuses, ce qui nous permettra de réagir en temps réel. La sécurisation des pratiques, c’est vraiment la priorité absolue.
Le jujitsu a été l’un des sujets majeurs évoqués lors des assises…
Effectivement. Nous souhaitons vraiment développer le jujitsu, lui donner la chance d’exister dans toute sa richesse. Le jujitsu, c’est un axe qui avait été, de mon point de vue, sous-développé avant que l’on arrive à la tête de la fédération. Là, par exemple, nous avons travaillé sur l’offre de pratiques avec les trois Open et les championnats de France JJB organisés d’ici la fin de la saison.
Mais je pourrais également citer l’Open Kyu (ceintures de couleurs qui a eu lieu ce dimanche à Villebon, NDLR), ou le Challenge Kodomo. L’idée fondamentale commune à ces trois exemples ? Proposer une offre de pratique qui répond aux souhaits de tous nos licenciés.
Et à moyen terme ?
On pense à l’utilisation de l’intelligence artificielle, par exemple, pour aider nos clubs dans les démarches qu’ils ont à faire de recherche, de subvention, de sponsoring, etc. On ne doit pas rater ce virage-là. Nous avons déjà commencé à former tous nos salariés à la fédération et on va réfléchir sur comment nous pouvons aussi aider tous les clubs qui voudront le faire, en tout cas, pour que l’intelligence artificielle puisse les accompagner dans leur vie de bénévole.
Autre sujet sur du moyen voire long terme : la suite donnée au programme des 1000 Dojos. Où en est-on ?
C’est ce qu’a présenté Sébastien Nolésini au début des assises de l’AG. Nos concurrents, que sont les clubs d’autres sports ou les franchises de fitness, sont propriétaires de leurs murs, proposent des cours tous les jours et sont parfois ouverts sept jours sur sept. Cela doit nous faire réfléchir sur le modèle du club de judo de demain ou d’après-demain. Pour cela, nous allons aussi essayer d’acter la création d’un club partenaire pour trouver des solutions par rapport au désengagement de l’État. Aujourd’hui, plus que jamais, nous devons être proactifs. Nous sommes en fonction depuis six ans, mais nous devons continuer à travailler, et à innover.


