À la lecture des effectifs inscrits sur ce Final Four, cette finale Judo Nice Métropole/AC Boulogne-Billancourt paraissait la plus probable, même si les Boulonnais auront dû batailler jusqu’au onzième combat décisif pour venir à bout des Arts Martiaux Saint-Gratien en demie (6-5). Une petite heure après ce dénouement heureux, ils revenaient avec une composition identique, hormis en +90kg où l’Ukrainien Anton Savytskiy, finaliste du dernier Grand Chelem de Paris, suppléait son compatriote Yevheniy Balyevskyy. Cela bougeait davantage côté Niçois, avec les entrées en piste de Driss Masson Jbilou (-66kg), Maxime Gobert (-73kg), Ida Eriksson (-70kg) et Fanny-Estelle Posvite (+70kg), ainsi que le décalage de catégorie pour Giorgi Chikhelidze en -81kg et Luca Otmane en -90kg, ce dernier remplaçant le Géorgien Soso Ebilashvili qui n’avait pas fait le poids contre Lucas Duchaussoy en demie. C’est d’ailleurs le capitaine niçois qui se présentait en premier au centre de l’arène, face au médaillé national 2025 Yoann Benezra. Plus grand, il contenait les tentatives par en-dessous d’Otmane, et trouvait même la faille dans la quatrième minute sur un ippon/ko-uchi-gari de loin qui lui donnait le yuko qui allait bien pour empocher le premier point. Il passait le relais à Célia Cancan (+70kg) qui n’allait pas avoir le temps de faire parler son allonge contre la médaille mondiale 2015 des -70kg. À l’initiative sur un balayage, cette dernière se retrouvait avec le bras droit tendu de son adversaire tombée à genoux : une aubaine pour partir en juji-gatame qu’elle ne laissait pas filer… L’heure était venue d’accueillir un premier duel de renforts étranger entre le copieux Géorgien « niçois » Shalva Gureshidze et le non moins dense Anton Savytskyy. Un choc de titans qui se jouait principalement au kumikata, avec un Savytskyy déterminé à imposer sa main gauche, qu’il glissait du revers à l’aisselle pour partir sur un o-uchi-gari soudain qui avait raison de la tentativ désespérée de contre du Géorgien. L’impact était net et la tribune orange pouvait exulter pour la deuxième fois de cette finale. Elle allait même garder le sourire avec Léonie Gonzalez (-52kg), qui traversait Léa Métrot sur un premier uchi-mata au bout de trente secondes (photo ci-dessous), puis un second qui l’amenait en position idéale pour l’immobiliser dans la minute suivante.

À 3-1, la confrontation des -66kg valait déjà cher pour les Niçois, qui s’en remettaient à Driss Masson Jbilou pour tenter de stopper l’échappée boulonnaise. Face à lui, Gabin Supervielle s’engageait sans compter, scorant rapidement yuko sur un seoi-nage supersonique. Il tenait le score jusqu’à la pause fraîcheur, avant de céder sur un tomoe-nage dès la reprise. Un yuko partout, puis un second pour Driss Masson Jbilou dans la foulée sur un ko-uchi-gake que Supervielle pensait avoir contrecarré au point de célébrer en regagnant sa place. L’analyse vidéo ne contredisait pas l’arbitre centrale, et les secondes s’égrenaient jusqu’au gong sans que le Boulonnais ne puisse refaire son retard. L’héroïne de la demie Haruka Funakubo (-57kg) se retrouvait alors face à Ophélie Vellozzi, pour une démonstration de ne-waza sur le sumi-gaeshi de la Niçoise. Son passage de garde était tout près de s’avérer payant quand Vellozzi parvenait de justesse à s’arracher du sol… laissant au passage son bras gauche à la merci de son adversaire qui s’enroulait illico autour pour lui infliger juji-gatame. De nouveau deux points d’avance pour l’ACBB au moment d’envoyer au front Eliott Prévé face à Maxime Gobert, qui avait la bonne idée de marquer d’entrée waza-ari sur uchi-mata alors que Prévé tentait d’entrer dans la distance. Une marque qui allait lui suffire pour tenir les cinq minutes de combat et pouvoir répéter à son camp « Ce n’est pas fini ! » au moment de regagner le bord du tapis. Un mantra que Sarah-Léonie Cysique (-63kg) allait mettre à mal en retournant Rania Drid pour une immobilisation qu’elle ne parvenait à tenir suffisamment longtemps. Yuko et un retour debout en grimaçant pour la quadruple médaillée olympique, qui serrait alors les dents à chaque matte, avant d’abréger ses souffrances en claquant le troisième juji-gatame de cette finale.

À 5-3, il ne manquait plus qu’un point au collectif de Romain Poussin et Yann Siccardi, avec deux renforts d’envergure avec l’Italien Antonio Esposito (-81kg) et la Néerlandaise Joanne Van Lieshout (-70kg). Et si le cinquième des derniers Jeux olympiques coinçait contre le Géorgien Giorgi Chikhelidze, qui ne souffrait pas de la différence de catégorie et s’imposait aux pénalités, la récente championn d’Europe des -63kg ne sourcillait pas contre la Suédoise Ida Eriksson, qui récoltait deux shido en première partie de combat avant de s’envoler sur le seoi à genoux rasant de la Batave. Dans la continuité, la championne du monde 2024 conservait sa forte saisie au revers et enroulait la Suédois sur sankaku-jime avant de se replacer dessus pour lancer l’immobilisation finale. Le compte à rebours pouvait alors monter dans les décibels, l’étreinte de Van Lieshout ne se relâcherait pas avant le « ippon » de l’arbitre qui offrait le titre à l’AC Boulogne-Billancourt. Le président Yoann Catherin l’avait annoncé, ses athlètes l’ont fait : le club des Hauts-de-Seine boucle sa première participation avec le titre national, et un ticket pour la prochaine Ligue des Champions où il faudra déjà compter sur eux. Un joli clap de fin sur une quatrième saison de Judo pro League marquée à une élévation générale du niveau des équipes engagées.