
Crédit photo : Thomas Rouquette/L’Esprit du Judo
Le jour le plus long.
Titre d’un célèbre film sur le débarquement allié le 6 juin 1944, l’ironie de l’Histoire fait que celui-ci aurait pu être celui caractérisant les championnats de France seniors 2e division de ce… 6 juin 2026. En effet, et c’est le premier point de ce bilan : la durée de cet événement. Débutée à neuf heures du matin, la compétition prit fin aux alentours de… 20h30. Une journée — trop — longue, en priorité pour les coachs, arbitres, commissaires sportifs et organisateurs. Les féminines ouvrirent le bal à neuf heures, pour une fin des podiums à 14h15. Les masculins prirent la suite. Il n’y eut pourtant ni couac ni tapis bloqué. Juste un nombre particulièrement élevé de combattants : sept cent trente-trois au total, les catégories les moins fournies furent les -48kg et -78kg avec quarante-sept judokas. Une configuration logistique à huit surfaces de combat qui posait question, dès le lendemain. Plusieurs hypothèses étaient d’ores et déjà évoquées, avec leur lot d’arguments contraires. Augmenter le nombre de tapis à dix ? Difficile avec la zone d’échauffement mise en place. Baisser les quotas régionaux par catégorie ? Politiquement très inflammable, sans compter que ce serait sans doute aller contre l’esprit de cette compétition de brassage territoriale, en vue de la qualification pour les championnats de France 1re division. Organiser cette compétition sur deux jours ? Le calendrier national étant ce qu’il est, il faudrait alors organiser sur un autre week-end les championnats de France 3e division. Pas simple.
Une équation à résoudre toutefois pour la saison prochaine.
Le second point de ce bilan est sportif : avec onze titres, l’Île-de-France écrase comme attendu le classement devant une région PACA dynamique, y compris chez les seniors, puisqu’elle finit à trois titres avec Océane Mauriaud (Cuges Judo) en -48kg, Méane Korval (Venelles Judo) en -66kg et Mehdi Salah (Vaucluse Judo Grand-Avignon) en -81kg.
La première agglomère 59 % des médailles du jour (trente-trois podiums au total), gagnant donc plus de médailles que toutes les autres ligues réunies. La PACA, la Nouvelle-Aquitaine et le Grand Est remporte, chacun d’entre eux, quatre médailles.
De manière micro, la catégorie des -63kg fut la plus intéressante, au moins chez les féminines. Avec la présence de nombreuses juniors — seule Audren Guenneugues, vice-championne de France fin mars, manquait à l’appel, puisque déjà qualifiée via sa médaille de bronze aux CF 1re division 2025 — cette catégorie fut une explication entre « précoces ». C’est Doria Boursas (Arts martiaux Asnières), senior première année, qui s’impose à Manon Agati-Alouache (PSG Judo), junior deuxième année, alors qu’Alice Lopez (DAN 79), junior première année, et Jaelynn Chipan (SO2J Saint-Ouen), championne de France en titre, terminent à la cinquième place.
Le troisième point concernait justement les juniors : pris dans un tunnel de trois semaines avec les championnats de France juniors par équipes, la coupe européenne d’Autriche à Graz et ces championnats de France 2e division, l’équation était piégeuse parce que compliquée. Alors que les sélectionnés pour les championnats d’Europe et/ou du monde seront pris sur les championnats de France 1re division, fallait-il participer à cet événement ou pas ? Certains furent absents pour blessure, d’autre parce qu’ils pensent — sans doute à raison — avoir des chances raisonnables d’être titulaire au Monténégro début septembre. D’autres, encore, n’avaient pas à se poser la question, puisque déjà qualifiés pour les championnats de France 1re division. Certains et certaines, dans le doute, étaient donc bien là pour assurer leur place à La Roche-sur-Yon fin novembre. Six d’entre eux font mieux que cela, en s’adjugeant un titre national senior !
Ainsi, Élodie Fourniat (Arts martiaux Asnières) en -52kg, Chloé Jean (Budokan Deuil) en -70kg et Lucie Rullier (Sainte-Geneviève Sports Judo) en -78kg ont soigné l’art et la manière en remportant leur catégorie. Jean faisant même le doublé championnats de France juniors/2e division. Chez les masculins, Abdeljabar Rouibet (AGAM 92) en -60kg, Mehdi Salah, en -81kg et Mamadou Bagayoko (JC Villiers-le-Bel) en -100kg montent sur la plus haute marche ce week-end, après avoir été médaillés nationaux fin mars dans la catégorie d’âge inférieure. Tout cela, sans compter les juniors médaillés nationaux, également médaillés ou classés il y a deux jours, dont certaines évoquées plus haut. Ce samedi, les juniors prennent presque la moitié des titres, posant clairement leur empreinte sur cette journée.
Dimanche, les championnats de France 3e division ont offert un spectacle bien singulier pour tous les passionnés de judo, spectateurs attentifs du judo national et surtout international : des combats où le tableau affichait plus de valeurs que de shido ! Une compétition loisir — elle est évoquée comme tel dans les textes officiels — avec des séquences où le temps de préhension du judogi dénotait clairement de ce que nous pouvons observer sur l’IJF Tour — surtout depuis la possibilité de faire lâcher sans sanction —, où la recherche de la projection était très souvent au cœur du projet des judoka. Est-ce l’effet de la formule à trois minutes sans golden score ? Impossible à dire. Reste qu’il y eut très peu de hansokumake donnés pour trois pénalités. Une compétition loisir, sans pression du résultat dont le succès ne se dément pas. Mention spécial au junior première année Mathieu Marchione (Ajaccio Judo), vainqueur en -60kg et dont le travail en ne-waza, lors de la phase finale, fut superbe.


