
Crédit photo : Thomas Rouquette/L’Esprit du Judo
Un événement qui restera. Hier, à l’Accor Arena, devant plus de 15.000 spectateurs – 25.000 sur le weekend – le deuxième jour du Tournoi de sumo de Paris 2026 offrit la sensation euphorisante d’un de ces moments de vie à propos duquel tout un chacun pourra se dire, un peu orgueilleusement : j’y étais.
Un sentiment qui n’a rien d’exagéré tant la présence des soixante-deux meilleurs rikishis du sumo japonais, à Paris, tient presque du miracle organisationnel. En effet, à la différence de 1986 et 1995, où l’invitation dans la capitale du sumo était liée à une personnalité politique — Jacques Chirac —, la venue des combattants en cette année 2026 devait son existence à une initiative privée, celle de David Rothschild et du groupe AEG.
Une invitation à la Japan Sumo Association lancée en 2010, restée lettre morte pendant sept ans avant que tout s’accélère.
Un événement aussi bien sportif que culturel, le sumo étant devenu l’un des éléments du soft power japonais, inclut dans une stratégie politique intitulée Cool Japan dont le concept remonte à 2002 : si le Japon reste un acteur mineur en termes de hard power, sa culture — à travers les mangas, les séries ou les films ou le sport, comme le sumo — et son impressionnante capacité d’exportation font de celle-ci une arme très efficace pour le rayonnement du Pays du Soleil levant dans le monde. Une exportation culturelle dont la France compte parmi les premiers récipiendaires puisque notre pays est le deuxième du monde, derrière le Japon, en termes de consommation de manga.
Le sumo, c’est le Japon. Et inversement. D’autant plus que ce budo n’est pratiqué que dans l’Archipel. Ainsi, Keita Kudo, correspondant à Londres du quotidien Yomiuri Shimbun, présent hier dans les tribunes, nous expliquait : « le sumo concentre l’esprit japonais, incarne sans doute comme nulle autre discipline, l’âme japonaise. » Avec ses rituels issus de la religion shintoïste, sa structuration commune aux arts martiaux — avec par exemple le salut —, le sumo symbolise comme nul autre la culture nipponne au Japon, mais aussi en Occident, comme on peut le voir dans le James Bond « On ne vit que deux fois », dans le célèbre jeu de console Street Fighter II ou dernièrement dans la série Netflix Sanctuary. Hier, les spectateurs ont aussi pu découvrir les chants, le rituel de la coiffure ou celle du nouage de ceinture d’un yokozuna.

Crédit photo : Martin Lagardère Tournoi de Paris de Sumo AEG PRESENTS
Internationalisation et éloge de la lenteur
Une discipline japonaise qui a su s’internationaliser. Encore hier, avec la présence du rikshi ukrainien Aonishiki ou de Hôshôryû, sacré yokozuna en mars 2025 et né en Mongolie. Un pays dont est originaire peut-être le plus grand sumo de l’Histoire, Hakuhô, recordman du nombre de combats et de victoires en tournoi. Deux combattants qui firent partout des chouchous du public parisien de l’Accor Arena, hier.
Une discipline, enfin, qui fait l’éloge de la lenteur et de la concentration. À rebours total des normes actuelles du sport — auxquelles le judo n’échappe malheureusement pas — le sumo est une discipline qui donne à ses pratiquants le temps nécessaire. Ainsi en va-t-il du rituel d’avant combat entre saluts, chiri chozû (le geste des bras qui prouve que le combat sera à mains nues), shiko, lancé de sel, prise de position en forme de défi psychologique intense. Une préparation qui peut paraître longue — plus longue que le temps effectif de combat — mais indispensable à la nécessité de préparation mentale des rikishi. Un moment totalement en décalage avec un sport qui veut se présenter — du moins dans les discours de ses dirigeants mondiaux — sans temps mort ni patience, avec la peur du zapping comme crainte ultime. Un rituel à contre sens de cet air du temps, parfaitement compris par le public hier. Point d’impatience. Au contraire, un silence de cathédrale nimba l’Accor Arena, lors des combats du bloc final. Ou la pleine compréhension des rites d’une discipline.

Crédit photo : Martin Lagardère Tournoi de Paris de Sumo AEG PRESENTS
Hôshôryû et Kotozakura en vedettes
Un Accor Arena plein à craquer ou presque hier. Une foule transgénérationnelle, bigarrée et internationale, connaisseuse de la discipline, mise dans l’ambiance avec l’affrontement rikishi/enfants organisée comme événement d’ouverture de cette journée de dimanche. Un moment ludique, joyeux qui plut beaucoup, avant le début du deuxième jour de ce tournoi à 15 heures. Une compétition auquel assista Teddy Riner, arrivé en catimini, mais salué de manière enthousiaste par les spectateurs dès qu’il apparut sur le grand écran.
Un dimanche marqué par la victoire de Hôshôryû (1m 88 et 150kg), visage impassible et émotion totalement contenue, la défaite de l’autre yokozuna Ônosato (1m 92 et 189 kg) qui s’incline au troisième tour, des combats exceptionnels de puissance et de technique comme celui d’Aonoshiki au troisième tour sur un renversement par l’épaule et lors duquel le défi entre les deux combattants lors du rituel d’avant combat. Un jeu de regard d’une puissance rare.
Dernier combat du jour, la finale entre le vainqueur du samedi et celui du dimanche voit le succès de Kotozakura, un ozeki de 1m 89 pour 178kg, contre Hôshôryû lors d’un affrontement indécis et qui se joua à rien.
Le yokozuna mongol qui clôt cette magnifique journée par un discours… en français. Une magnifique manière de mettre à fin à un dimanche dont on se souviendra encore dans plusieurs années.


