Alyssia Poulange après sa victoire en finale des championnats d’Europe juniors début septembre.

Crédit photo : Gabi Juan/UEJ

Troisième invitée de notre nouvelle chronique, la nouvelle championne d’Europe juniors en -52kg, Alyssia Poulange (SO2J Saint-Ouen), étudiante en deuxième année de STAPS, évoque ce nouveau titre international, ses ambitions et l’exigence du haut niveau.

Tu as donné une impression de grande maîtrise le jour de ton titre. Comment te sentais-tu ? 
J’étais bien ! À la fois prête et reposée après un été où stages et repos ont alterné. Lors de mon parcours, j’ai pris deux combattantes que j’avais d’ailleurs croisées durant l’été, que ce soit en test-match pour la Kosovare (Laurine Gashi, NDLR) à l’Insep ou au stage de Valence, fin août, pour l’Allemande (Nina Gueth, NDLR). J’ai l’impression d’avoir bien fait les choses, d’être allée au bout de mes idées à chaque rencontre. Si je suis évidemment contente de ce titre, je n’en faisais, dès le départ, pas une finalité. Car, derrière, il y a surtout les championnats du monde en Ouzbékistan (du 19 au 22 novembre, à Tashkent) puis les championnats de France seniors (le 28 novembre, à La Roche-sur-Yon) en ligne de mire.

Tu as gagné tes quatre combats du jour au sol. D’où te vient cette efficacité ? 
Quand je rentre au pôle espoir de Brétigny, je me suis dès qu’il fallait absolument que je me dote de solutions au sol car c’était difficile debout pour moi à cette époque. Mais quand j’y pense, je me souviens avoir gagné, déjà, la Coupe de France minimes grâce au ne-waza (en 2019 dans la catégorie des -36kg. Elle est alors première année, NDLR). C’est un domaine que j’ai travaillé très tôt en club et qui m’a permis et me permet encore de gagner beaucoup de mes combats. Je dois avouer que je m’y sens plus à l’aise que debout avec une meilleure gestion des risques. Et si je ne cherche pas aller systématiquement au sol, je m’applique à profiter de toutes les occasions qui me sont offertes, comme ce fut le cas lors des championnats d’Europe.

En janvier, tu seras officiellement seniors. Comment vois-tu ton arrivée dans cette nouvelle catégorie d’âge ? 
Pour être honnête, j’ai hâte ! Car combiner les années juniors et seniors n’a rien de facile. Je pourrai ainsi me focaliser pleinement sur mes objectifs à moyen terme : devenir championne de France première division puis viser une médaille au Grand Chelem de Paris. Ce qui pourrait m’ouvrir les portes d’une première sélection internationale seniors.
Dans ma vision des choses, le haut niveau requiert des étapes à valider. En cadets, j’ai été championne d’Europe et vice-championne du monde (en 2023, NDLR). En juniors, j’ai été médaillée mondiale (en bronze en 2024), et suis désormais championne d’Europe. Chez les seniors, j’en suis à trois médailles de bronze aux championnats de France (2023, 2024, 2025).
Les prochaines semaines vont m’offrir l’opportunité, avec les championnats du monde juniors et les championnats de France, de continuer à essayer de briller dans cette course à étapes qu’est le haut niveau.
Une philosophie qui a ses exigences et qui pèse chaque année quand on est en Équipe de France depuis un petit moment. L’année dernière, je me suis blessée au premier tour des championnats d’Europe juniors. Verdict ? Blessure aux ligaments de la cheville et un forfait pour les championnats du monde à Lima. Début mars, après le Grand Prix d’Autriche où je termine cinquième, je me blesse à l’articulation sterno-claviculaire et je ne reprends la compétition que deux mois après. Cela m’a permis de prendre conscience qu’il fallait que je m’écoute plus, même si j’adore bouger (sourire).

Du coup, tu pratiques d’autres activités ? 
Oui, comme l’escalade, le tennis ou la course à pied avec mes parents. Je suis fille de professeurs et je suis sur un tatami depuis mes trois ans. Quand j’étais enfant, je pratiquais d’autres sports à côté du judo, comme l’athlétisme ou la natation, pour découvrir des activités sans eux (sourire). Mais finalement, au collège, le judo devient ma seule discipline sportive.

Tu es en Équipe de France juniors depuis ta première année. Comment sens-tu cette génération 2026 ? 
Très talentueuse et motivée. Il y a deux ans c’était moi la petite nouvelle. Là je fais figure d’ancienne (sourire). Du coup, certains viennent me voir pour me poser des questions liées à la logistique ou l’organisation. Attention, c’est plutôt rare, car beaucoup étaient membres de l’Équipe de France cadets, et médaillés européens ou mondiaux. Ils connaissent déjà donc bien le protocole du haut niveau international. Là, nous allons nous préparer pour les championnats du monde sur le stage Multi-Frontières à Strasbourg. Un événement que j’apprécie beaucoup pour la diversité des partenaires présents. Et une bonne occasion de se retrouver et de se préparer tous ensemble pour cet événement que nous avons hâte de vivre.

As-tu des modèles ?
Plutôt des combattantes qui m’inspirent. Il y a, d’abord, Clarisse Agbegnenou : elle a été performante très jeune et l’est encore chez les seniors. Cette capacité à durer dans la haute performance m’inspire beaucoup. En plus, pour revenir à ce dont on parlait tout à l’heure, elle se connait par cœur, sait quelles limites elle peut repousser. Enfin, quelle bienveillance sur le tapis ! Quand je l’observe à l’Insep, elle est toujours respectueuse avec tout le monde, ses partenaires, etc.
Il y a, ensuite, Christa Deguchi. Parce que, malgré beaucoup d’obstacles, comme le fait que le Japon la bloque trois ans avant de pouvoir combattre sous les couleurs du Canada, ou sa rivalité féroce avec Jessica Klimkait, elle n’a jamais lâché jusqu’à atteindre son objectif, à savoir l’or olympique à Paris. Quelle force de caractère !