En cette rentrée, L’Esprit du Judo souhaite vous proposer un entretien hebdomadaire avec les personnes qui font le judo et son actualité : athlètes, professeurs, dirigeants, entraîneurs, conseillers techniques, élus ou experts.
Pour cette première, nous avons décidé d’interroger Aleksa Mitrovic, médaillé d’or aux Jeux méditerranéens 2026 en -90kg. Un combattant au parcours singulier et à l’état d’esprit fait d’une immense passion pour la discipline autant que d’une force mentale hors du commun. Enthousiaste, disponible, c’est un combattant profondément heureux qui nous répond.

Te voilà médaillé d’or aux Jeux méditerranéens. Raconte-nous ta compétition…
La journée fut magnifique ! Cette victoire a vraiment une saveur particulière parce que je bats en finale Christian Parlati, médaillé mondial et champion d’Europe en 2025. Du top niveau !
Au-delà du résultat brut, cette compétition a été magique, avec son petit côté JO : nous avons côtoyé et échangé avec des athlètes d’autres pays. Nous logions tous sur un bateau de croisière et c’était très agréable. Ce titre, c’est du concentré de bonheur. Je reviens de tellement loin (sourire).
Qu’entends-tu par là ?
Que j’ai subi en tout sept opérations aux genoux ! La première a lieu en 2019, juste avant la période du covid. Quand je reviens en 2021, on oublie – littéralement ! – de m’inscrire sur les test-matches nationaux juniors ! En 2022, je me blesse au genou sept jours avant les championnats de France juniors. Pas de quoi m’arrêter. Je deviens champion de France, derrière j’enchaîne les médailles en coupe européenne. Puis l’apothéose avec le bronze mondial en août en Équateur. Mais sur un stage au Japon à la fin de l’année, lors d’un test-match, mon adversaire s’assoit sur mon genou. Le ligament postérieur était déjà rompu. Là, c’est le ligament antérieur qui prend ! Retour sur la table d’opération.
Et ce n’est pas fini…
Pas du tout (fou rire). Mon retour sur les tatamis en 2023 ne se passe pas du tout comme je l’espérais. À ce moment-là, je suis entré à l’INSEP en septembre et j’ai signé au PSG Judo. Mais il y a un truc qui ne va pas. Je demande une IRM. Résultat ? Plus de ligaments croisés. Troisième opération, pour laquelle le chirurgien est obligé de faire une demande à la banque d’organes pour me les greffer. En effet, tout ce qui pouvait m’être prélevé l’a été pour les premières opérations. Sur le plan mental, je ne te cache pas que c’est très dur…

Crédit photo : CNOSF /KMSP
Se passent donc encore plusieurs mois sans combattre…
Oui. Je remonte sur le tatami de l’INSEP fin 2024. Mais en janvier 2025, d’un coup, je retrouve totalement mes sensations ! Je participe alors au tournoi Excellence de Saint-Gratien, en février, presque un an et demi après ma dernière compétition, les championnats d’Europe -23 ans, où j’avais terminé en bronze. Puis j’enchaîne trois compétitions en mars : la coupe européenne du Monténégro et les tournois de Saint-Raphaël et Wasquehal. Et là, à la fin d’un entraînement, mes ligaments croisés « pètent » à nouveau.
Je fais alors le tour d’Europe des chirurgiens (sic) pour savoir pourquoi cette blessure est si récurrente chez moi. Personne n’a la réponse. De mon côté, je me dis : stop ou encore ?
Pourquoi choisis-tu de continuer?
Le dernier chirurgien que j’ai vu au printemps 2025 m’a dit : « as-tu essayé de faire du judo ? Si ça marche, pas d’opération, sinon on t’opérera et tu pourras seulement jouer au football avec tes enfants. » J’ai essayé, et ça a marché ! À cette période, je me convaincs de poursuivre l’aventure avec un argument qui tourne en boucle dans ma tête : tu pourrais avoir des regrets d’ici vingt-trente ans ! Or, ce n’est pas franchement dans mon caractère ni d’abandonner, ni d’avoir des regrets. Reste que toutes ces blessures rendent mes objectifs, désormais, très clairs : donner mon maximum, me faire plaisir sans penser à de quelconques ambitions à moyen ou long terme. Tout ce que je fais, tous les combats, médailles ou compétitions que je gagne ne sont que du plus.
Peux-tu nous raconter le début de ton parcours?
J’ai débuté le judo à trois et demi au club de Levens, une petite ville au-dessus de Nice, avec Franck Perez. À mes douze ans, je pars à l’Olympic Judo Nice puis, à quatorze ans, je rejoins Nice Judo de Michel Carrière, où je resterai jusqu’en 2023. Michel, c’est celui qui a fabriqué mon judo, me l’a imbriqué (sic). Je fais ensuite deux ans au PSG Judo avant de revenir dans ma région l’année dernière. Je signe au JC Monaco en septembre 2025, en grande partie parce que Loïc Pietri reprend le club, à la suite de son père. Loïc est une référence du judo français, champion du monde juniors et seniors, plusieurs fois médaillé européen et mondial. Depuis que je travaille avec lui, il m’aide à structurer et à éclaircir mon judo, à optimiser mes points forts et gommer mes points faibles. Depuis l’année dernière, je travaille en parallèle dans une entreprise de logistique et de transport. Je suis chargé de voir comment l’intelligence artificielle peut améliorer le fonctionnement global de l’entreprise. Et niveau études, je passe dans une semaine ma soutenance de Master 2 « Business international » à l’IAE de Nice. Mon entraînement se présente du coup de la manière suivante : le matin, tôt, je fais de la préparation physique, et le soir, je m’entraîne au club ou au pôle espoirs de Nice.
Ne serait-ce pas un fonctionnement qui te rend heureux ?
Si, c’est le cas ! Je fais ce que j’aime : faire du judo, mettre des ippons. Je donne mon maximum, et je me sens épanoui (grand sourire).


