La France jouait « gros » sur cette dernière journée à la Vaudoise Aréna : garder sa suprématie chez les +78kg, et se rapprocher autant que possible des meilleures nations de cet intéressant premier Grand Chelem de Lausanne – une réussite en termes d’organisation et de public. Avec ses deux médailles d’or, le Japon était devant l’Allemagne, la Géorgie, et la Russie à un titre, mais la France et ses trois finales perdues pouvaient retrouver un classement à la hauteur de son statut en ajoutant l’or qui lui manquait.

De petites erreurs ont privé le médaillé olympique 2024 Maxime-Gaël Ngayap Hambou d’un podium en Grand Chelem ce dimanche en Suisse.
Crédit photo : Aurélien Brandenburger / Agence Hikari

Seul combattant masculin engagé, et avec son engagement habituel, Maxime-Gaël Ngayap Hambou (-90kg) fit tout ce qu’il put pour amener la première médaille masculine du tournoi, dans une catégorie plutôt « copieuse », avec cinq combattants mieux classés que son actuelle seizième place mondiale. Il sut faire ce qu’il faut contre le Roumain Alex Cret, mal classé, mais qui restait sur deux victoires contre lui, dont la dernière en quarts de finale des championnats d’Europe, en allant prendre le yuko décisif en le relevant du sol pour le pousser sur le flanc. Il renversait une situation compromise contre le combattant du Bahreïn Israpil Sagaipov, en le clouant au sol en contre alors qu’il était mené d’un waza-ari. Mais il ne parvenait pas à faire mieux que de résister jusqu’au golden score au Tchèque Adam Kopecky, neuvième mondial, qui finissait par contrôler une tentative de sumi-gaeshi et dégageait facilement la jambe. Victorieux en repêchages du Bulgar Ivaylo Ivanov sur un formidable o-uchi-gari / uchi-mata dès la première reprise, il ne concluait pas dans le combat décisif face au Russe Egor Andoni, vingt-cinquième mondial, qui trouvait finalement, à la cinquième minute du combat, une ouverture sur un enchaînement okuri-ashi-barai / tani-otoshi.

« Je ne suis pas content de la fin de ma journée, ni de mon quart de finale, où j’allais le « manger » petit à petit quand je sors ce sumi-gaeshi de trop… À moi de retourner au travail pour ne plus faire ce genre d’erreurs bêtes et me concentrer sur les championnats du monde qui arrivent dans un peu plus d’un mois. Cela avait beau être une compétition de préparation, j’avais envie de gagner chaque combat… Mais je vais m’en servir pour être plus fort tactiquement à Bakou. »
Maxime-Gaël Ngayap Hambou

Juste suffisant pour priver l’Asniérois de sa quatrième médaille en Grand Chelem donc, et pour la Russie d’attraper une nouvelle médaille de bronze, laquelle allait s’avérer décisive. Étincelant toute la journée dans son style de bûcheron surhumain, le Russe Inal Tasoev (+100kg), expédiant au passage le Géorgien Guram Tushishvili sur deux claques magistrales et le Japonais Kenta Nakano sur un contre après un beau combat, allait en effet amener une seconde médaille d’or pour la Russie… qui terminait devant le Japon, d’une médaille de bronze. La Géorgie pouvait compter sur le -100kg Ilia Sulamanidze, de plus en plus dominant, pour faire la paire en or avec le titre d’Eteri Liparteliani de la veille.

Sampaio encore un ton au-dessus

Et la France ? Il fallait compter sur les deux belles catégories restantes pour prendre ces deux éventuelles médailles d’or toujours manquantes au matin du dernier jour. En -78kg, la nouvelle titulaire de la catégorie, Kaila Issoufi, devait confirmer sa médaille européenne. Son parcours se heurtait en finale de tableau à la Portugaise Patricia Sampaio, médaillée olympique et mondiale, championne d’Europe 2025, qui semblait décidée à reprendre le rythme à l’approche des championnats du monde. Elle lui plaçait un o-soto-gari latéral qui clouait la jeune combattante du Sainte-Geneviève Sports sur le dos.

Kaila Issoufi remet la marche avant de prendre part à ses premiers mondiaux.
Crédit photo : Aurélien Brandenburger / Agence Hikari

Solide mentalement, celle-ci ne se laissait pas sortir de son tournoi et écartait en repêchages la Chinoise du jour, Hongtao Wu, seizième mondiale, à laquelle elle marquait d’entrée un waza-ari sur un tout petit ko-uchi-gari qu’elle convertissait parfaitement en suivant l’action. Une belle performance pour notre huitième mondiale, brillamment confirmée, et même un peu plus, en dominant la Japonaise Kurena Ikeda, pour le bronze, d’un petit contre judicieux. On peut parler là d’une belle promesse puisque cette dernière est tout simplement la meilleure Japonaise du moment, médaillée mondiale en 2025 ! Elle sera peut-être plus difficile à prendre en octobre aux championnats du monde mais, pour une première rencontre, c’est un début parfait.

 

 
 
 
 
 
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Juste au-dessus, la bataille était féroce, Sampaio se faisant sortir dans un combat très intense par la numéro une mondiale allemande Anna Monta Olek, qui réglait en finale la numéro deux, l’ancienne Ukrainienne désormais « Émiratie », Yelyzaveta Lytvynenko. Un parfum de championnats du monde.

Fontaine et Dicko foncent comme prévu en finale

Il n’y avait guère de doute que la France serait forte en +78kg avec ses deux représentantes, la titulaire n°1 depuis 2020, Romane Dicko, deux fois médaillée olympique et championne du monde il y a quatre ans, et celle qui s’affiche désormais en rivale très crédible, Léa Fontaine, troisième mondiale – la mieux classée du jour – grâce à son étonnante constance à se hisser régulièrement sur les podiums, y compris lors des derniers championnats d’Europe. Mais forte jusqu’où ?

Une Romane Dicko intransigeante et mobile à Lausanne… jusqu’à cette séquence fatale en finale contre Léa Fontaine.
Crédit photo : Aurélien Brandenburger / Agence Hikari

Romane Dicko se montrait brillante en emportant ses combats rapidement et de façon séduisante. Léa Fontaine affichait une efficacité toujours renforcée avec des uchi-mata nets, et une belle opiniâtreté physique et mentale pour faire céder aux pénalités la Belge Gabrielle Bouvier après sept minutes de combat. En demi-finale, Romane Dicko haussait encore le ton en expulsant sur un fort o-soto-gari la « challengeuse » numéro un ici, la grande Russe Elis Startseva, quand Léa Fontaine n’avait besoin que d’une séquence pour placer son uchi-mata enchaîné au sol à l’Israélienne Yuli Alma Mishiner, douzième mondiale. On l’espérait, on l’avait : la finale des +78kg était 100% française.

Tactiquement comme physiquement, Léa Fontaine s’est montrée sous un très bon jour ce dimanche à Lausanne.
Crédit photo : Aurélien Brandenburger / Agence Hikari

Une première… défaite

Dans cette configuration, la loi des séries prédisait la cinquième victoire en autant de rencontres pour Romane Dicko, et probablement sur pénalités comme cela avait été le cas trois fois sur quatre. Cette dernière appliquait sa tactique habituelle pour y parvenir : empêcher sa puissante rivale de prendre une bonne saisie sur sa manche droite et attaquer pour faire pénaliser. Tout se déroulait selon le plan, puisqu’à l’entrée de la dernière minute, elle avait obtenu le décalage fatidique. Et soudain, un peu de relâchement, elle se faisait prendre la manche, ne parvenait pas à faire lâcher, s’installait au revers pour laisser passer une séquence « pour rien »… sauf que Léa Fontaine affermissait sa saisie bout de manche (une saisie en « crosse de pistolet » qui est désormais autorisée) et partait sur son harai-makikomi en ouvrant fort vers le haut, juste assez pour entraîner la solide Romane Dicko avec elle, la dérouler sur le dos en rouleau-compresseur pour un waza-ari tout en lenteur, et la fixer sur le dos. Un bel affrontement qui met fin au passage à l’invincibilité de Dicko contre une Française à l’international, soit… quatorze victoires de rang depuis 2016, quand elle était chez les cadettes, avant cette première défaite ! Malgré sa série de cinq finales perdues de rang – depuis les championnats de France en décembre dernier à Saint-Chamond – enfin stoppée, Léa Fontaine n’en faisait pas une montagne, mais prenait discrètement rendez-vous pour la suite.

 
 
 
 
 
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Quant à Romane Dicko, même si cet échec ne la ravissait pas et s’ajoutait à ses récents revers aux championnats d’Europe (en quarts, pour une troisième place à la clé) et au Grand Chelem d’Oulan-Bator (défaite en finale contre la Japonaise Mao Arai), elle trouvait des motifs de se réjouir et se sentait prête à aborder la préparation des championnats du monde.

 
 
 
 
 
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Pas de doublé en or aujourd’hui pour la France, qui ne rattrapait donc pas sur le gong le Japon, la Russie, la Géorgie, mais aussi l’Allemagne, qui emportait l’or hier avec Miriam Butkereit en -70kg, et aujourd’hui avec Anna Monta Olek en -78kg, mais une cinquième place juste derrière ceux-là, grâce à la victoire de Léa Fontaine… et quatre finales perdues. De quoi espérer que les derniers réglages permettront à toutes de passer de l’argent à l’or à Bakou, du 4 au 11 octobre, pour les championnats du monde. Nous y serons pour que vous n’en manquiez pas une miette…