
Deux sur quatre. Ce samedi, le Japon ne gagne « que » la moitié des médailles d’or en jeu lors de cette deuxième journée du Grand Prix de Chine. Un résultat excellent — puisqu’il n’y avait pas de -70kg engagée — mais pas aussi effrayant qu’hier, puisque Sotaro Fujiwara, deuxième à Tokyo en décembre et troisième à Tashkent fin février en -81kg, réalise une contre-performance totale en se faisant battre d’entrée par le Slovène Nace Herkovic, sur un sumi-gaeshi à gauche en garde croisée. Un échec patent face au 65e mondial de vingt-trois ans, qui n’est toujours que médaillé en Open continental. Fujiwara, vice champion du monde 2018, cinquième aux Mondes en 2021 et 2022, a vingt-huit ans et perd une occasion en or de confirmer qu’il est un prétendant au leadership d’une catégorie — pour l’instant ? — orpheline de son double champion olympique, Takanori Nagase. Une catégorie des -81kg décidément au centre des attentions, puisque voilà Hidayat Heydarov ! Forfait de dernière minute à Paris et Oulan-Bator, le champion d’Europe, du monde et olympique 2024 avait donc décidé de combattre dans la catégorie supérieure aujourd’hui ! Mais pour quel résultat ? Une excellente journée en vérité, puisque l’Azerbaïdjanais termine troisième ! Pour le bronze, un soto makikomi puissant renverse le Russe Egor Sukhoparov. Une catégorie remportée par son compatriote Zelim Tckaev — membre de l’équipe du PSG qui avait remporté le titre début mai — grâce à son magnifique uchi-mata à droite.
Une déception avec Fujiwara donc, mais deux très belles satisfactions avec l’or de Narumi Tanioka en -63kg et de Tatsuki Ishihara en -73kg. La première a vingt-trois ans, et remporte son second Grand Chelem consécutif après Tashkent. À Tokyo, elle n’est battue que par le phénomène Haruka Kaju. À Astana, en 2025, c’est Melkia Auchecorne, montée de catégorie depuis, qui la prive du titre sur le Grand Chelem kazakhstanais. En clair, cette combattante est absolument redoutable — un titre, une médaille d’argent et une de bronze en trois participations en Grand Chelem — avec désormais un succès en Grand Prix. En finale, elle bat d’un yuko marqué sur immobilisation la Coréenne Jisu Kim, une des meilleures amies d’Uta Abe, puisque cette combattante du Pays du Matin calme vit et s’entraîne au Japon depuis de nombreuses années (comme c’est le cas de Mimi Huh, champion du monde et vice championne olympique 2024).
Pas suffisant toutefois pour être dans une des catégories doublées par Maki Tsukada et son staff (les -57kg et +78kg ont été choisis).
On pourrait se faire la même réflexion pour Tatsuki Ishihara. Encore plus serait-on tenté de penser, puisque celui-ci est déjà double médaillé mondial avec de l’argent en 2024 et du bronze en 2025. Pourtant, il ne sera pas du voyage à Bakou à la mi-octobre. La faute à un hiver 2025 et un printemps 2026 très correct — troisième à Tokyo, cinquième à Paris — mais en deçà du niveau exceptionnel proposé dans d’autres catégories (on pense évidemment aux -66kg et -90kg). Ce samedi, il retrouve le goût de la victoire, perdu depuis le Grand Chelem de Bakou au printemps 2025. Une victoire aux pénalités contre l’Ouzbek Shakhram Ahadov, n° 10 mondial.
Un succès qui le conforte dans sa position de chasseur — après avoir eu celle de chassé — puisque le titulaire des championnats du monde, Ryuga Tanaka, a perdu au premier tour la semaine dernière contre le Russe Danil Lavrentev et ira à Bakou, en octobre, avec peu de certitudes, puisqu’il s’était incliné également à Paris lors des éliminatoires début février.
Le dernier titre du jour va autour du cou de la stakhanoviste croate, Lana Cvjetko, vice championne du monde 2025. Troisième à Oulan Bator — elle y avait battu la Française Clémence Émé en repêchages —, Cvjetko bat une combattante russe dont on pourrait bien reparler dans les semaines et mois à venir : la Russe Tamara Lishchenko. Vingt-sept ans déjà, seulement 103e mondiale, aucune médaille sur le circuit FIJ jusque-là. Bref, rien de très impressionnant. Mais ce samedi, cette droitière surprend son monde avec un yoko-gake au niveau du genou ravageur, y compris pour Cvejtko, qui ne gagnera qu’aux pénalités. Cinquième victoire en Grand Prix pour la Croate, qui devrait reprendre la tête de la rankiing-list mondiale.
Et les Français ? Peu de choses à dire avec une défaite au second tour pour Gaétane Deberdt (Bourg-la-Reine JJ 92) en -63kg, au premier tour pour Maxime Gobert (OJ Nice) en -73kg et Peter Jean (JC Chilly-Mazarin Morangis) en -81kg et au deuxième tour pour Nathan Cadignan (Arts martiaux Asnières) en -73kg et Bastien Pons (OJ Nice) en -81kg. Il faut tout de même noter que Deberdt s’incline contre la tête de série n° 1, Iva Oberan, que Nathan Cadignan perd contre la tête de série n° 3, Rashid Mammadaliyev. Idem pour Bastien Pons, battu kg lui aussi par la tête de série n° 3, le Belge Mathias Casse.
La France reste donc à deux médailles avant une dernière journée où les +78kg seront la catégorie à ne pas manquer avec Raz Hershko, Elis Startseva, Léa Fontaine, Léonie Minkada-Caquineau, Beatriz Souza, Umida Nigmatova (la surdouée ouzbèke), les deux Chinoises Xinran Niu et Jinesinuer Ayiman — respectivement n° 8 et n° 11 mondiales — et bien sûr Akira Sone. Une catégorie qui se densifie au triple galop. Demain, c’est sûr, sera une journée instructive.


