Il a fallu se rendre assez vite à l’évidence : les masculins français engagés sur cette première journée n’allaient pas marquer les esprits, sinon les nôtres, et négativement. Nos deux -60kg de prestige, le vice champion du monde 2025 Romain Valadier-Picard et le double médaillé olympique et champion d’Europe en titre Luka Mkheidze, faisaient une prestation très modeste ce vendredi. Le plus jeune des deux n’était pas dans la pondération pour qualifier sa prestation : un petit tour et puis s’en va avec deux yukos dans la valise, cadeau du n°20 mondial, le Kazakhstanais Sherzod Davlatov.
« Ce n’est pas le genre de combat que je dois perdre, mais pourtant je reste spectateur, à ne pas faire le travail qu’il faut. Il me manque un truc en ce moment, alors que j’ai fais tous les efforts pour revenir à mon meilleur niveau depuis ma blessure aux championnats d’Europe. »
Romain Valadier-Picard

Crédit photo : Aurélien Brandenburger / Agence Hikari
Quant à notre champion continental, après deux tours laborieux contre des anonymes, il se faisait contrer son seoi-nage… par le même Davlatov en finale de tableau. Et bon baiser du Kazakhstan. Il avait le droit de rejouer, mais le cœur n’y était plus vraiment, et les vingt-et-un ans du Brésilien Michel Augusto, surprenant n°4 mondial, venait à bout de sa résistance au golden score à l’issue d’une grosse séquence au sol.
« Contre le Kazakhstanais, je savais qu’il fallait que je monte d’un niveau par rapport à mes deux premiers tours. Je fais un bon début de combat, mais je ne saisis pas les opportunités, et je pars sur l’avant avec mon seoi-nage alors que je sais qu’il m’attend en restant sur l’arrière. À ce niveau, ça ne pardonne pas… En repêchages, face à ce Brésilien que j’avais battu en finale à Tbilissi en 2025 et qui propose un judo très classique, un peu à la Japonaise, je n’avais plus les ressources physiques nécessaires pour l’emporter. Ça reste une compétition intéressante dans l’optique des championnats du monde. »
Luka Mkheidze
Walide Khyar doit renoncer
Rien de plus excitant malheureusement du côté de nos -66kg, où les nouvelles étaient même franchement mauvaises, puisque, confronté d’entrée au futur vainqueur, le Japonais Kairi Kentoku, Walide Khyar se blessait à l’épaule sur une arrivée à plat ventre un peu rude et, malgré son refus de la douleur, finissait par renoncer, comme le souhaitait ardemment son coach Ludovic Delacotte depuis plusieurs séquences.
« L’objectif aujourd’hui était de rentrer tête de série pour les mondiaux, ce ne sera pas le cas, mais j’ai écouté le coach qui ne voulait pas que l’on prenne de risque avant Bakou. »
Walide Khyar
Daikii Bouba ne se blessait pas heureusement, mais il pouvait sortir frustré d’un combat raté contre le Tadjik Iskandar Mahmadkhojazoda, vingt-et-un ans et… 447e mondial, qui commençait par lui marquer un beau waza-ari sur tai-otoshi en bout de manches, et ajoutait deux marques au tableau avant la fin du combat. Depuis sa magnifique victoire aux championnats d’Europe 2025, le Français n’a gagné que huit de ses dix-huit rencontres internationales, et c’est sa sixième défaite sur les sept dernières. Un mouvement à enrayer rapidement.
« J’avais l’impression d’être bien en arrivant sur ce combat, mais quand j’allais dans son sens d’attaque, il me mettait en danger. Pourtant, d’habitude ce n’est pas forcément une direction dans laquelle je suis en danger. Je n’ai pas réussi à lui mettre la pression. C’est décevant de ne faire qu’un combat aujourd’hui, mais il y a des enseignements à tirer : j’ai mal préparé ce combat, et je me suis fait surprendre. À moi d’analyser et de construire des certitudes pour partir au combat avec plus d’assurance, en fermant davantage le jeu pour ne plus laisser d’ouverture… »
Daikii Bouba
Relativiser cette campagne suisse très molle chez les garçons, on peut le faire tout de même, et Franck Chambily, sur la chaise de ce dernier et de Romain Valadier-Picard ce vendredi, avait les arguments pour ça.
« C’était une journée assez rapide, on est forcément déçu, mais après ce n’est pas l’objectif, ça reste un tournoi. On a fait une bonne préparation avec un stage à Almaty avec beaucoup de volume. Nous n’étions pas dans les meilleures conditions aujourd’hui, mais nous ne sommes pas là pour trouver des excuses, mais bien pour analyser les combats perdus des uns et des autres. »
Franck Chambily
Deux catégories masculines aujourd’hui, et deux victoires japonaises, par des combattants de « second plan », le -66kg Kairi Kentoku, vingt-deux ans, troisième Japonais tout de même de la catégorie, et le -60kg Yamato Fukuda, vingt ans qui, lui, n’est que sixième Japonais au classement mondial, mais qui a gagné deux championnats du monde juniors en 2023 et 2024, alors qu’il n’était qu’en deuxième année de cadets puis en première année de juniors ! Toujours juniors et impeccable aujourd’hui, notamment avec de féroces passages au sol, il a probablement gagné quelques galons.
Finish grinçant pour Blandine, Martha, Sarah-Léonie
Pour les féminines françaises, nous étions sur les même conditions de départ que les garçons : un tournoi de reprise après un été de volume, mais on pouvait espérer tout de même quelques médailles, et pourquoi pas de l’or, avec notamment la présence des titulaires les plus fortes en -48kg et en 57kg, Shirine Boukli et Sarah-Léonie Cysique.
Pas d’or pour Boukli, ni même de médaille, car elle était surprise par un changement de direction agaçant dans un deuxième combat qu’elle dominait jusque-là assez tranquillement aux pénalités contre la Russe Marina Vorobeva, dix-septième mondiale. Petite erreur et chute à deux que l’arbitre voyait bénéficier – avouons-le plutôt logiquement – au ko-uchi-gari de la Russe, qui allait s’imposer devant l’Espagnole Laura Martinez Abelenda en fin de journée. Nouvel échec en Grand Chelem, son troisième d’affilée pour l’année 2026, pour la quintuple championne d’Europe.
« Aujourd’hui, je me suis forcée à faire des choses que je bosse en ce moment pour bien me les garder en tête, comme mes liaisons debout-sol ou mes démarrages avant saisie pour bousculer mes adversaires. J’étais parfaitement dans ce schéma contre la Russe, à la « détruire » comme il fallait jusqu’à cette action qu’il faut que je revoie pour bien comprendre. C’est frustrant, mais on oubliera tout ça quand je serai championne du monde à Bakou. »
Shirine Boukli

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La motivation était toute du côté de l’engagée française en -52kg, Blandine Pont, déjà victorieuse de deux Grands Chelems cette année et sans doute très volontaire pour montrer qu’on avait eu tort de ne pas la sélectionner pour les championnats du monde malgré tout, dans cette catégorie laissée pour compte par la défection d’Amandine Buchard dans la période de préparation de ces championnats du monde. Pas de Buchard, pas de Pont non plus, donc, le comité ayant privilégié les doublons en -63kg, -78kg et +78kg. De quoi donner les crocs à Blandine, qui faisait ce qu’elle sait très bien faire, propulsant notamment l’Ouzbèke Sita Kadamboeva sur un énorme o-soto-gari au premier tour, alors qu’elle était menée. Elle se hissait ainsi jusqu’en finale, où elle s’inclinait malheureusement aux pénalités contre l’aînée des sœurs Primo, Gefen. Une déception finale, mais Blandine Pont n’a pas à rougir de son année 2026.
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Pour la France, la catégorie spectaculaire du jour, le clou du spectacle, c’était l’affrontement des -57kg. Bien sûr pour la présence de Sarah-Léonie Cysique, mais aussi de sa grande rivale actuelle, Martha Fawaz, déjà cotitulaire aux championnats d’Europe mais, encore mieux, pour les arbitrer et les mener, peut-être, à l’exploit, celle de la championne du monde et championne d’Europe en titre, la très féroce Géorgienne Eteri Liparteliani. La première à s’y essayer fut Martha Fawaz, dans une demi-finale serrée où elle marquait même un yuko sur o-uchi-gari, dont on se demande encore comment la table, calculant l’angle d’angulation du torse de la championne caucasienne penchée vers l’avant, pouvait estimer qu’il devait être supprimé. Remise à flot, la Géorgienne secouait la Française déçue et lui marquait à son tour un yuko quelques secondes plus tard. Pas de chance pour Martha, c’est la Japonaise du jour, Ayumi Takano, qui l’attendait en place de trois et lui administrait un dégagement de jambe simple et limpide sur lequel elle ne défendait pas suffisamment fort.
« Le scenario est frustrant, entre ce yuko que je marque et que les arbitres m’enlèvent juste avant d’en concéder un alors que je ne suis pas loin du salto pour ne pas tomber et qu’il n’y a qu’un bout de coude qui touche le tapis. C’est le jeu, je l’accepte, il ne fallait que je recule, comme je ne dois pas faire cette petite erreur au sol en place de trois. Je ne peux plus me contenter de ne pas être très loin de ce genre d’adversaires… »
Martha Fawaz

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Mais qui avait poussé cette Japonaise, victorieuse récente du Grand Prix de Linz, dans les repêchages ? Sarah-Léonie Cysique, qui était passée toute la matinée à travers ses rivales, avec une facilité si tranquille que les arbitres en étaient parfois trop surpris pour donner le bon score. En quar de finale, la bataille était rude pour la Boulonnaise contre cette Takano, dont la dernière défaite remontait au Grand Chelem de Tokyo… devant la même Cysique. Elle semblait pouvoir prendre sa revanche avec un yuko d’avance sur un contre, mais elle s’envolait à la séquence suivante sur l’énorme sode-tsuri-komi-goshi de la double médaillée olympique. Avant de retrouver Eteri Liparteliani en finale, la championne Française pouvait se conforter en se souvenant de ses stats contre la musculeuse Géorgienne. Elle avait mené par sept à zéro avant de s’incliner pour le bronze au Grand Chelem de Tokyo en 2025, pour la première fois. Comme un signal peut-être, car depuis la catapulte de Lenthéki s’était emparée de ses premiers titres européen et mondial. C’était le moment de reprendre la main et, sur la démonstration de la journée, Cysique paraissait pouvoir le faire. Mais après trois à quatre séquences chargées de puissance et de danger, elle laissait Liparteliani poser ses mains de façon peu orthodoxe, mais néanmoins avec un danger potentiel qu’elle ne repérait pas assez vite. La main gauche au col, la main droite sur le flanc, la Géorgienne partait dans un formidable tsuri-goshi qui envoyait la Française dans les étoiles ! Pour cette année, c’est elle, Eteri Liparteliani, qui est incontestablement la plus forte.
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Deux médailles d’argent tout de même pour l’équipe féminine sur cette première journée, et la perspective de voir s’exprimer ce samedi, en canton de Vaud, la grande Clarisse Agbegnenou de retour aux affaires en -63kg aux côtés de Manon Deketer. En -70kg, c’est Clémence Emé, classée sur ses quatre dernières sorties à ce niveau, qui s’élancera dans la Vaudoise Aréna. Sur le tapis n°1, à l’instar des engagés en para-judo adapté aujourd’hui, ce sont les combattants sourds qui prendront le relais.


