À quelques jours du vote des deux-cent-cinquante-quatre délégués pour le futur président de la FFJDA et son équipe, dimanche 22 novembre (dénouement connu vers 16 heures), L’Esprit du Judo a interrogé les deux candidats pour une dernière prise de parole.

À quelques heures de la fin de la campagne et de l’élection, quel est votre état d’esprit ?
Je dois dire que je suis surpris, déçu par l’attitude de beaucoup. Je ne parle en l’occurrence pas de Stéphane Nomis lui-même, qui ne s’exprime pas sur ce registre, mais de ses “troupes”. Quand on veut prendre un porte-avion, on n’envoie pas des “kamikazes” ! Parce que l’idée, c’est qu’il reste quelque chose ensuite à piloter. J’ai connu beaucoup de batailles, mais j’ai toujours été dans la construction, jamais dans la démolition. Dans les années 1970-1980, il y a eu le conflit sur les grades, en 2000, nous avons réunifié le Collège et la Fédération, les gens se battaient, c’était la guerre, et finalement nous avons montré que nous étions capable de prendre le meilleur des deux dimensions, et tout le monde a vu que c’était une bonne chose. Je ne veux pas que cette élection nous sépare pour des années.
Là, on a deux concepts, un projet mutualiste et un projet “business”, il ne faut pas scinder les deux. Bien sûr qu’il y a un travail à faire sur la rentabilité mais, dans une fédération, tout n’a pas vocation à être “bénéficiaire”. Il y a des choses qui ne sont pas rentables, mais que l’on doit faire, car c’est notre responsabilité, pour notre public. Il y a une évolution à amener sans doute, mais un système de cette envergure, c’est un contexte global.

Quelle a été votre motivation pour vous présenter ?
J’entends beaucoup dire que je suis trop vieux, mais tant que l’on a des projets, ça fonctionne ! L’expérience, c’est aussi quelque chose qui a de la valeur. Et j’ai autour de moi une équipe qui réunit des gens de tous les âges, un collectif qui travaille depuis longtemps, motivé et expérimenté. Elle est aussi composée de personnalités qui ont un lien fort avec le monde politique, David Douillet, Thierry Rey, Bénédicte Rouby… Ce qui est important aujourd’hui, car nous allons en avoir besoin. Quant à moi, je m’engage pour être au service, comme je l’ai toujours fait.

La situation actuelle est inquiétante pour les clubs. Que leur dites-vous ?
Depuis la première vague, ma stratégie a été de faire en sorte que nous ne soyons pas relégués, séparés du football. Nous ne voulions pas laisser dire que nous étions les disciplines, avec les autres sports de contact en intérieur, à être les plus à risque sur le plan de la contamination. Cela fait six mois que nous sommes occupés au quotidien sur ce sujet. Pour les clubs, on a mis en place une cellule de crise qui travaillait sur toute la France. À l’heure où nous nous parlons, nous attendons le signal de la reprise de l’enseignement aux mineurs, peut-être pour le 1er décembre selon les informations que nous avons, ce qui serait déjà une excellente nouvelle car ils représentent plus de 70% de notre population. Que les clubs puissent vivre, c’est notre objectif n°1. La seconde dimension du problème, c’est ce que l’on voit venir : la possibilité que cette pandémie ne soit que la première d’une longue série. Il nous faut réfléchir à plus long terme sur cette évolution possible de nos modes de vie, en réfléchissant sur la façon de gérer les groupes, d’éviter les gros brassages. Il faut aussi repenser nos pratiques. Nous sommes par exemple en train de mettre au point un kata de type “tai-chi” sur la base du ju-no-kata, que l’on peut pratiquer seul et qui donne les mêmes résultats. C’est un travail sur soi intéressant et qui va plaire, une attente des gens aujourd’hui, dans l’esprit de notre taiso. Les clubs devront se diversifier pour satisfaire les publics. On doit réfléchir aussi au fait qu’une partie de ce que nous pouvons fédérer viendra peut-être moins spontanément au dojo et sera connecté aux nouveaux canaux qui vont fleurir sur Internet. La fédération internationale va d’ailleurs créer sa chaîne de télévision, il faudra s’assurer des contenus, et qu’elle soit en clair.
Nous sommes au travail, avec de nombreux projets de développement. Nous cherchons constamment des partenaires, ce qui est le cas par exemple avec le groupe Korian, maisons spécialisées et EPHAD, qui est intéressé pour travailler avec nous afin de former les pensionnaires à contrôler les chutes et à pouvoir se relever. Nous pouvons contribuer à sauver des vies, c’est un beau projet. Et nous pouvons aider les aides-soignants à mieux soutenir, porter et relever leurs patients, sans se blesser. Cela pourrait commencer en décembre et il y a potentiellement cent-cinquante emplois à la clé. On vient de voir notre création du “kodomo-no-kata” être récompensée par une validation du Kodokan, c’est une très belle reconnaissance. Nous mettons en place un nouveau système de compétition pour le niveau national, avec un championnat de France complété par un Masters – les meilleurs seniors et juniors, plus un quota possible et les médaillés des tournois labellisés. On complétera par un classement national sur la base de ces tournois labellisés, ce qui nous donnera la possibilité d’identifier un numéro un plus objectif par le championnat, le Masters et le circuit. Au niveau de la formation, nous souhaitons que les pôles amènent aussi à un diplôme d’enseignant, le plus beau métier du monde, et une capacité d’arbitrage, qui est aussi une carrière intéressante dans le judo. Il est sans doute plus difficile de représenter son pays aux Jeux en judo. Il n’y a qu’une place ! Bref, nous sommes en action…

Les médias ont révélé ces dernières semaines de nombreux cas de violence et d’abus sexuels dans le judo. Comment réagissez-vous ?
Nous sommes le judo, mais nous sommes aussi dans la société telle qu’elle est… Personne ne peut se mettre à la place des victimes. Pour ce qui me concerne, je les remercie d’avoir eu ce courage de parler, je suis fier d’elles. C’est dur, il faut de la force pour assumer. C’est bien que les choses soient dites, la peur doit changer de camp. De notre côté, nous devons être à la hauteur de cet enjeu. Il va falloir travailler avec des associations pour faire en sorte que cela n’arrive plus jamais. Nous travaillons à un protocole des bonnes pratiques que tous les dirigeants, les encadrants, et même les parents doivent avoir en tête. Il y a tout un environnement à changer. C’est une prise de conscience, il faut l’accompagner, ne pas s’en détourner.  La violence que l’on a pu connaître nous, par exemple dans nos premiers voyages au Japon… Tout cela est fini, ce monde est derrière nous et ne doit pas être reproduit. Nous allons le faire. Nous avons d’ailleurs déjà commencé. Chaque année depuis cinq ans, nous avons par exemple mille-trois-cents athlètes qui passent un entretien pour leur permettre de se confier et, pour nous, de connaître leur état psychique. Nous n’avons eu aucune remontée négative.

Qu’aimeriez-vous ajouter ?
Le Covid-19 a modifié la façon dont le monde tourne et il va changer le modèle fédéral. Comme nous l’avons déjà abordé, les relations, les transmissions d’information vont se virtualiser en partie. La crise est là et il faut serrer les rangs. Nous devons faire face, tous ensemble, aux enjeux économiques et sociétaux. J’ai aussi entendu la demande qui s’exprime vis-à-vis de la licence. Nous devons structurer son prix sur une base équilibrée et mutualiste, mais nous le ferons sans en faire un effet d’annonce et sans faire n’importe quoi, en évitant de mettre les finances de la fédération plus en danger. Il est temps de penser le futur de notre sport à travers trois grands principes qui doivent guider l’action : adaptation, décentralisation et déconcentration.