
Crédit photo : Emanuele Di Feliciantonio/IJF
Deuxième étape asiatique pour le circuit international. Après Oulan-Bator, direction Qingdao, au nord-est de l’Empire du Milieu.
Un Grand Prix à la participation et à la densité en adéquation totale avec ce niveau de compétition : cinq-cents combattants venus de cinquante-sept pays. Beaucoup de monde mais moins de tête d’affiche qu’Oulan-Bator. Encore que ! Avec sa stratégie de diviser son équipes n°1 entre la Mongolie et la Chine, le Japon proposait d’admirer la mégastar Hifumi Abe.
Un seul combat perdu pour le Japon
Un Japon qui, comme la semaine dernière, pose des jalons très puissants dès le départ : trois titres, une médaille de bronze. Soit, en définitive, un seul combat perdu pour les combattants de Maki Tsukada et Keiji Suzuki. La même statistique qu’à Oulan-Bator lors de la première journée, où il y avait eu, tout de même, un titre en plus en -48kg.
En effet, sans -48kg engagé, le Pays du Soleil Levant fait à nouveau ici en Chine une impressionnante démonstration de force. Les deux catégories masculines sont remportées par Hayato Kondo et sa Majesté Abe. Le premier, en -60kg, va chercher sa troisième médaille d’or sur le circuit cette saison : Grand Prix de Chine en septembre dernier, Grand Chelem de Tokyo en décembre et à nouveau Qingdao. Seule fausse note ? Au Grand Chelem de Paris en février, où il perd contre l’Italien Andrea Carlino. En finale, il ne se laisse pas piéger par le Britannique Charlie Ayre et son judo sans tourner le dos. Un contre puis une immobilisation et voilà le n°2 nippon qui confirme qu’il est à l’affût du moindre faux pas de Ryuju Nagayama pour avoir sa chance.
En -66kg, Hifumi Abe vient remporter son quatorzième Grand Chelem – sur seize disputés – sur un mode sérieux mais minimaliste. En finale, un o-uchi-gari où le changement de direction et la poussée mettent sur la tranche le Kazakhstanais Gusman Kyrgyzbayev suffit au double champion olympique pour prendre mille points et reprendre la première place mondiale.
Chez les féminines, Kokoro Fujishiro, 24 ans et 9e mondiale arrache son troisième titre en moins d’un an après les Grands Chelems d’Oulan-Bator en 2025 et Tashkent en 2026. Une victoire face à l’Allemande Mascha Ballhaus en finale sur un très beau travail au sol : tentative de retournement comme Mark Huizinga sur lequel l’Allemande tend le bras pour finalement taper sur un waki-gatame parfait.
Fujishiro, qui, un peu à l’image de Hayato Kondo, consolide son statut de n°2. La différence, et elle est de taille, tient dans le combattant devant : là, il s’agit d’Uta Abe, impériale autant qu’effrayante depuis les JO de Paris et son échec en mondovision.
Un triplé et non un quadruplé du fait de la défaite de Momo Tamaoki, vice-championne du monde 2025, face à la Turkmène Maysa Pardayeva, en demi-finale. Une anomalie ?
Pas tant que ça puisque cette combattante de 21 ans était entrée dans les radars avec sa cinquième aux championnats du monde de Budapest en juin 2025. Sauf qu’elle en avait disparu aussi rapidement puisqu’elle n’avait participé à aucun tournoi jusqu’à la Mongolie la semaine dernière. Un Grand Chelem où elle termine en bronze, après avoir battu Faiza Mokdar d’un yuko pour le podium.
Ce vendredi, elle sort, à une semaine d’intervalle, une journée XXL d’abnégation et d’opportunisme : après deux minutes de golden score, elle contre Tamaoki après une tentative de seoi-otoshi mal préparée. En finale, elle catapulte Martha Fawaz en ura-nage après une grosse faute de la Tricolore qui, en garde à droite, amorce une attaque avec sa jambe gauche. La position est parfaite pour Pardayeva qui n’en demandait sans doute pas tant pour lancer son sutemi-waza victorieux et synonyme d’or.
Deux médailles françaises, les montagnes russes pour Enzo Jean
Une défaite en finale dont on sentait bien, à la fin du combat, qu’elle n’était pas du tout du goût de la judoka de l’US Orléans Loiret JJJ, très lucide visiblement sur le fait d’avoir fait une erreur. D’autant plus frustrant que la journée de la médaillée européenne 2025 – et septième aux championnats d’Europe 2026 – avait été jusque-là bien menée, avec quatre victoires. Des succès certes contre des adversaires moins bien classées qu’elle, Martha Fawaz étant dixième mondiale. Mais sa demi-finale contre la Russe Irina Zueva, 21e mondiale, était bien menée et montrait la Française dans un bon mood. Un parcours gâché donc par une erreur punie immédiatement par Pardayeva qui bat sur la journée les têtes de série n°2, 3 et 4, à savoir la Brésilienne Shirley Nascimento, la Japonaise Momo Tamaoki et donc Martha Fawaz !
Une médaille d’argent au goût d’inachevé pour la médaillée d’or du Grand Chelem de Paris 2025 mais qui la remet dans une dynamique positive.
L’autre bonne nouvelle du côté français est venue de la médaille de bronze de Kelvin Ray (PSG Judo) en -66kg. S’il s’incline logiquement sur Abe en demi-finale sur un sode-tsuri-komi-goshi, le champion de France en titre a l’excellente idée de placer un o-tsuri-goshi à l’Azerbaidjanais Ruslan Pashayev, n°4 mondial, pour le bronze à quinze secondes de la fin !
Première médaille en Grand Prix et donc sur le circuit FIJ pour Ray.
Une médaille, Enzo Jean (US Orléans Loiret JJJ), en -60kg, était tout prêt d’en remporter une, alors qu’il dominait sa demi-finale contre l’Anglais Ayre. Avec son ippon-seoi-nage à gauche, il faisait tanguer sérieusement plus d’une fois ce combattant britannique qui ne misait uniquement que sur deux choses : un sumi-gaeshi où, s’il passe bien en dessous, le contrôle d’une épaule n’est pas assuré et un ne-waza très efficace. Mais à ce jeu-là, Jean ne s’en laisse pas compté et il faut attendre le golden score pour voir Ayre finalement faire craquer le Français. Un coup dur pour le Tricolore qui avait créé la sensation de la journée en battant le champion olympique Yeldos Smetov, de retour sur le circuit après son triomphe parisien il y a presque deux ans. Un ippon-seoi-nage à gauche après une minute de golden score et voilà Jean qui terrassait le triple médaillé olympique kazakhstanais ! Un début d’éliminatoires aussi superbe qu’excitant, mais qui allait malheureusement se finir par beaucoup de frustration.
Pour le bronze, le -60kg orléanais subissait en effet un très beau tsubame-gaeshi de l’Azerbaidjanais Ahmad Yusifov.
Quatrième cinquième place en un an pour Enzo Jean après le Grand Chelem d’Astana 2025, le Grand Prix du Mexique en octobre et à nouveau le Grand Chelem d’Astana en mai 2026.


